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samedi 4 août 2012 par Michèle Gilkinet
Édito d’aout

Limites et civilisation

 

On en conviendra aisément toute civilisation a ses limites et même souvent connaît une fin. Je dis souvent pour ne pas dire toujours car il me semble qu’à examiner d’un œil attentif les sociétés dites « primitives », on peut se rendre compte qu’il en existe plus d’une qui connaisse une pérennité bien plus solide que la nôtre.

C’est que notre société est frappée par l’ubris, autrement dit par la démesure au point que nous allions jusqu’à prévoir la némésis, c.à.d. l’effondrement, la destruction qui aura pour effet, comme le châtiment des dieux l’avait pour la Grèce antique, « de faire se rétracter l’individu à l’intérieur des limites qu’il a franchies ».

N’est pas ce que nous disons lorsque nous affirmons que nous sommes placés devant un choix historique : choisir la décroissance ou subir la récession ?

Pourtant ce n’est pas que notre civilisation n’a pas conscience de limites, ni même des limites des systèmes qu’elle a elle-même mis en place. En effet :

• N’affirmions-nous pas, il y a peu encore, qu’à moins de 3 % d’augmentation de croissance du PIB, on allait vers la catastrophe et ne voyons-nous pas que nous nous débattons aujourd’hui pour tenter d’éviter une récession bien contagieuse due à une « croissance négative » ?

• L’Europe n’a-t-elle pas choisi de se placer sur la voie de la société de la connaissance avec ses conséquences – le brevetage jusqu’à celui du vivant - pour assurer sa pérennité face aux défis économiques et écologiques de la globalisation qu’elle encourage par ailleurs ?

• Ne voit-on pas apparaître dans nos média de plus en plus souvent et même se structurer en lobby des « extropiens » dont l’objectif est d’améliorer l’homme tout en combattant l’inéluctable augmentation de l’entropie (1) par un accroissement permanent de l’information, en allant jusqu’à imaginer créer un « trans-humain » devenu plus intelligent grâce à sa fusion avec la technologie (2) ?

La question n’est donc pas uniquement de voir ou de ne pas voir de limites. Elle est aussi de voir de quelle limite pour quel système on parle. C’est bien un des sujets qui nous occupent au Grappe et c’est bien pour l’approfondir que nous avons lancé le cycle « Aujourd’hui plus que jamais, small is beautiful  ».

En publiant « Small is beautiful », l’économiste britannique Ernst-Friedrich Schumacher prenait, déjà en 1973, le contre-pied de la conception dominante. Constatant la tendance à la démesure de l’homme occidental qu’il jugeait dangereuse pour l’humanité, l’auteur préconisait de privilégier en tous domaines les solutions à taille humaine. Quarante ans plus tard, alors que s’est imposée une mondialisation économique et financière qui a accentué la tendance à la démesure, le Grappe a choisi de revisiter sa pensée. Nous avons donc programmé plusieurs débats sur des thématiques importantes comme les banques, l’agriculture, l’économie, l’énergie … Chacun d’entre eux sera l’occasion non seulement d’établir un constat et d’envisager un autre modèle sociétal mais aussi de présenter les alternatives qui sont déjà en route dans notre société et d’examiner les changements politiques et sociétaux qui s’imposent si nous voulons leur donner une chance de s’épanouir. Vous trouverez tous les renseignements sur notre site.

Si vous souhaitez en parler avec nous, vous pouvez nous retrouver au salon Valériane de Namur où nous serons comme chaque année avec nos propositions.

On vous y retrouve ?

Michèle Gilkinet


Notes

(1) L’inéluctable dégradation de toute matière organisée

(2) Voir : http://www.monde-diplomatique.fr/2009/12/RIVIERE/18626