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jeudi 17 février 2011 par Michèle Gilkinet
Edito de février

C’est en route

 

Que de chemin parcouru depuis la création du Grappe ! Que de route empruntée depuis que nous travaillons en réseau ! Oui cela fait du chemin et un bon bout de chemin. Aujourd’hui enfin, on peut dire que cela bouge et dans le bon sens. Enfin, les débats sur les analyses portées par les Objecteurs de croissance percent dans les « grands » media. Oh ! Je suis bien d’accord avec vous ! C’est encore d’une manière très parcellaire et fort ponctuelle dans un environnement empreint de ce qui forge la croissance : la publicité, l’obsolescence organisée, le crédit tous azimuts, ... Mais le curseur a bougé. Et d’un bon bout. Pensons qu’il y a à peine trois ans on nous considérait encore comme des farfelus. Aujourd’hui, le nombre de personne qui voit bien que ce qui est « farfelu » c’est de rester dans la voie actuelle a grandi et continue à grandir, au point que plusieurs observateurs n’hésitent plus à dire que nous pourrions bien gagner notre pari de transformer le monde grâce à un phénomène qui s’étend partout : l’apparition d’une nouvelle catégorie socioculturelle inclassable dans les catégories habituelles aux sociologues : les créatifs culturels (1).

Parmi ceux-ci, on trouve bien sûr les Objecteurs de croissance. Leur projet commence à s’inscrire dans la réalité de tous nos terroirs : à Bruxelles, Namur, Louvain-la neuve et alentours, Verviers, Liège, … plus aucune province francophone n’échappe à leurs initiatives. Ces dernières émergent partout et se mettent en réseau … malgré les moyens infimes qu’elles peuvent réunir vu que l’essentiel des moyens publics sont aujourd’hui toujours dévolus à la croissance. Le « combat » reste donc inégal. Si cela n’arrête personne tant l’urgence est bien là et la conviction qui en découle entière, cela freine et fameusement la transformation à réaliser. Et ça c’est plutôt inquiétant.

Pour sortir des ornières actuelles, il faut donc mettre un braquet de plus et mener un travail accru au plan sociétal et politique à tous les niveaux. Nous ne devons plus accepter que l’on fasse semblant, semblant de s’attacher aux principes défendus par les Objecteurs de croissance, tout en refusant de mener les débats dans les assemblées politiques où on est amené à siéger (J’ai vécu cela personnellement notamment à la suite de la lettre que nous avons envoyée à l’occasion des dernières élections (2)). Ces débats en effet sont d’autant plus nécessaires que le néolibéralisme continue à triompher, grâce entre autre à l’action de nombreux lobbies qui arrivent à réunir des moyens publics très importants. On peut s’en rendre compte par exemple en lisant la Communication de la Commission européenne du 9 novembre intitulée "Commerce, croissance et Affaires mondiales"(3). Je vous la recommande tant elle montre l’utopie idéologique à la base des décisions européennes en matière commerciale et comment la Commission veut encore la renforcer. Chaque lecteur attentif aux réalités de notre planète ne pourra en effet que se dire à l’issue de la lecture : mais comment peuvent-ils annoncer autant de décisions si éloignées de la réalité écologique avec un tel aplomb ? Et dire que c’est le belge Karel de Gucht qui a la responsabilité de cette politique. Allez lire son introduction et vous verrez que pour lui l’objectif essentiel de toute politique commerciale n’est pas de rencontrer équitablement les besoins des habitants de la planète en respectant les limites écologiques et humaines mais bien de maintenir et d’améliorer notre position et de tirer le meilleur parti du commerce afin qu’il nous sorte de la crise économique actuelle. Lorsqu’on parle d’ailleurs des limites dans ce texte c’est pour dire qu’il faut … les faire tomber dans le but d’offrir aux consommateurs encore un plus vaste choix de produits à bas prix !

Bref ! Si les choses sont en route, on le voit, nous sommes encore bien loin du compte et c’est bien pour cela que nous devons non seulement continuer ce que nous avons en cours mais encore renforcer collectivement nos actions contre les outils de la croissance : la publicité, l’obsolescence organisée et le crédit, …, tout comme nous devons trouver les leviers à même d’inscrire dans la réalité les outils de la décroissance : la relocalisation, les monnaies complémentaires, l’allocation universelle, ...

A bientôt pour le faire avec vous.

M. Gilkinet


Notes :

(1) Pour en savoir plus sur les créatifs culturels ; http://www.creatifsculturels.be/En%20savoir%20plus%20sur%20les%20CC.htm

(2) Voir : http://www.grappebelgique.be/spip.php?article1312

(3) Voir : http://www.grappebelgique.be/spip.php?article1462