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dimanche 30 mai 2010

Habiter la terre, l’œuvre de Bernard Charbonneau

 

Vous trouverez en pièce joint l’annonce d’un colloque consacré à l’œuvre pionnière Bernard Charbonneau qui doit avoir lieu en mai 2011 à Pau dans les Pyrénées Atlantiques où il a vécu.

Pour faire de ce moment, un point de rencontres et de débats avec les questions actuelles, les organisateurs lancent un appel à communication. Les propositions de communication devront être envoyées au secrétariat du colloque à l’adresse suivante :

alain.cazenave-piarrot @ alsatis.net

HABITER LA TERRE :

BERNARD CHARBONNEAU, GEOGRAPHE.

I Charbonneau précurseur

Bernard Charbonneau (1910-1996) est l’auteur qui en 1973 a écrit Triste campagnes. Dans cet essai prémonitoire, il examine comment ce que l’on appelait à l’époque la modernisation agricole à favorisé le déclin et à la décomposition des sociétés paysannes du Béarn, dans le Sud - Ouest de la France, où il avait choisi de s’établir au lendemain de la deuxième guerre mondiale. Ce faisant, à travers l’examen méthodique de l’évolution d’un pays particulier, il mettait à nu de manière prémonitoire la logique d’une évolution technique et économique qui n’a fait que s’accélérer et qui aujourd’hui, partout dans le monde, dissout le lien qui associe les sociétés paysannes à leurs terroirs et détruit leur identité. Ce processus est accéléré par l’intervention de l’Etat, tout autant que par la logique du marché, et appelle en retour une saisie toujours plus complète de la totalité de l’espace et de la vie sociale par la logique étatique
Charbonneau a porté sur son siècle un regard à la fois critique et exigeant. Dès sa jeunesse, il acquiert la conviction que ce siècle serait –et pour les mêmes raisons - à la fois celui des totalitarismes et du saccage de la nature. Du Jardin de Babylone, à La planète et le canton, en passant par Tristes Campagnes et La fin du Paysage, c’est cette conviction, qui oriente sa manière de décrire l’évolution du monde et des paysages qui l’entourent ; c’est le fil rouge de sa carrière de penseur qui choisit d’être géographe et professeur.

Les analyses visionnaires de Tristes Campagnes sur l’impact du développement techno scientifique et industriel sur les sociétés rurales n’ont eu à l’époque aucun écho, car elles étaient toujours menées du point de vue de la personne, du sujet habitant, ce qui ne correspondait guère aux canons de la géographie universitaire du moment. Il en est allé de même de la plupart de ses livres, dont son magistral Jardin de Babylone (Gallimard 1969) qui analysait comment la brusque montée en puissance des techniques de l’homme bouleverse et désorganise non seulement les rapports ville campagne mais aussi – et plus profondément – menace à long terme les équilibres naturels et sociaux qui permettent à l’homme d’habiter la terre et d’y emménager des enclaves ou il peut déployer sa liberté.

Charbonneau peut être considéré comme un des précurseurs de l’écologie politique. Mais lui, qui toute sa vie avait besoin de dessiner des cartes, qui mettait toujours en relation les évolutions sociales et les évolutions spatiales, se sentait surtout géographe. De fait, son œuvre est animée par une interrogation sur la transformation des rapports que l’homme entretient avec l’œkoumène, notre « maison commune ». N’ayant cessé d’écrire sur la Terre, il fut un géo-graphe, au sens le plus authentique du terme ; et en outre, un géographe dont le questionnement est très actuel.

II Objectifs du colloque :

Charbonneau est resté trop peu connu du public universitaire, et a fortiori du grand public, aussi bien par choix existentiel que par manque de relais dans les réseaux médiatiques. Aujourd’hui alors qu’on parle de « géographie existentielle » et humaniste, sa démarche est moins choquante, plus compréhensible. Surtout, les problèmes qu’il annonçait dans l’indifférence générale il y a soixante ans font maintenant la une des journaux. Plusieurs de ses ouvrages ont été récemment réédités. Il est temps de sortir son œuvre de la marginalité et de dialoguer avec sa pensée de la terre et de l’habiter et avec son interprétation des problèmes qui, partout dans le monde, se posent aux sociétés en proie au développement accéléré.

Le colloque Habiter la Terre : Bernard Charbonneau géographe a pour principal objectif de mobiliser la pensée charbonnienne pour éclairer certains des défis que doit relever la société actuelle qui semble vouée à établir une relation déséquilibrée et destructrice à son milieu. Il convient de reprendre cet héritage, de caractériser la « pensée de la Terre » chez Charbonneau, de la mettre en perspective et d’évaluer sa pertinence pour penser les défis contemporains. Plus généralement, le colloque vise aussi à décrypter les enjeux d’un développement indéfini de la techno-science dans un espace terrestre fini, complètement territorialisé par une humanité aux effectifs en croissance exponentielle.

Convaincu qu’une pensée qui n’est pas mise en pratique est dérisoire, toute sa vie, face au potentiel désorganisateur d’un déferlement techno scientifique qui, « par la force des choses », bouleverse la planète et ses sociétés, Charbonneau a cherché à susciter un mouvement collectif visant à infléchir la logique du développement dans un sens plus respectueux de la nature, de la diversité des sociétés locales et de la liberté des personnes. Il convient donc de se pencher sur les réactions des sociétés face aux défis posés par la désorganisation de leur rapport à la Terre par la modernisation techno scientifique et industrielle accélérée et. Quelles sont les forces et les faiblesses de ces mouvements collectifs, en quoi sont-ils porteurs d’un autre rapport à la terre, ou bien ne sont-ils que des contre-courants provisoires, facilement récupérables ?

Ce serait aussi l’occasion de préciser le rapport de la pensée du géographe Bernard Charbonneau avec la géographie. Cette discipline fournit des outils pour décrire la terre les relations que les hommes entretiennent avec elle, et l’évolution de ces relations dont témoignent la transformation des paysages. Mais, qu’on la considère comme discipline d’enseignement qui contribue à former le regard qu’une société porte sur son environnement, ou comme science mobilisable au service des projets qui veulent transformer cet environnement, la géographie n’est pas neutre et a souvent entretenu des liens étroits avec les pouvoirs et les idéologies dominantes. On se penchera donc sur la manière dont Bernard Charbonneau a utilisé, critiqué, renouvelé, voire subverti les outils de la géographie - ainsi que des autres sciences humaines - pour construire et étayer ses analyses. Cette dimension du colloque pose en filigrane la question « qu’est-ce qu’être géographe ? », mais ne s’adresse pas qu’aux seuls géographes professionnels, sinon à tous ceux qui ont le souci de « penser la Terre ».

III Deux axes thématiques

Le colloque sera donc organisé selon deux axes thématiques.

I Actualité des constats et des analyses.

Qu’il s’agisse de la désorganisation des territoires urbains et ruraux, du saccage de l’espace, du gaspillage des ressources, de la décomposition des sociétés locales et de leur soumission aux logiques abstraites et déterritorialisées du marché et de l’Etat etc., Charbonneau était convaincu que la rapide montée en puissance des sciences et des techniques – ce qu’il appelait la grande mue - entraîne la rupture de la relation d’habitat que l’homme entretient avec la terre.

Il convient donc d’examiner comment il a décrit et analysé les diverses dimensions de cette rupture, ainsi que ses causes profondes. et des logiques qui partout engendrent la fin des paysages, la fin des nourritures, la fin des sociétés locales, et contribuent à vider l’idéal démocratique de son contenu concret.

Rappelons qu’au départ Charbonneau faisait porter sa critique sur la croissance démesurée des structures telles que l’Etat et l’industrie. Progressivement il en est venu à se pencher sur le rôle ambigu de la science et tout particulièrement des « sciences humaines » dont il contestait la prétention à la scientificité et dont il soulignait le rôle d’auxiliaires non-critiques d’un processus de développement qui s’effectue, pour l’essentiel, hors de la pensée. Qu’en est-il à cet égard de disciplines telles que la géographie, l’agronomie, l’économie et la sociologie ?
Comme ce colloque n’a pas pour objectif de momifier l’héritage de Charbonneau, mais plutôt de le faire vivre, on se demandera en quoi ses analyses, élaborées il y a plus d’un demi-siècle, permettent de lire et de comprendre les problèmes d’aujourd’hui. Il faut aussi se demander quels prolongements, il faudrait apporter à ses analyses, voire quels rectificatifs : Il ne faut pas hésiter a introduire une dimension critique dans l’évaluation de son œuvre. Enfin il serait intéressant de se pencher sur la réception des analyses de Charbonneau, par exemple par ses anciens élèves.

II. Les réactions des sociétés face aux défis posés par B. Charbonneau

Nous ne ferons ici qu’indiquer quelques pistes de réflexion en rappelant que l’œuvre de Bernard Charbonneau suggère que s’ils veulent préparer l’avenir, des mouvements alternatifs doivent affronter trois défis principaux.

Tout d’abord, celui de la généralisation de la gestion étatique du territoire et de la vie sociale, sans laquelle l’économie mondiale n’aurait pas de squelette

Ensuite, la recherche de la croissance économique indéfinie et la poursuite du développement accéléré dont la dynamique nous interdit de maîtriser les effets sociaux et environnementaux de nos actions. A cet égard l’appel à un développement durable et à une croissance verte, gérés par les industries de l’environnement lui semblait une fausse solution.

Enfin, la question des technosciences et de la démesure de choix techniques de plus en plus irréversibles qui évacuent les questions sociales et politiques. Pour Charbonneau il existe des seuils à partir desquels les mêmes causes produisent des effets qui de positifs deviennent négatifs Plus profondément, la tendance de la société moderne à conférer une autorité sociale à la science contribue à vider l’idéal démocratique de son contenu.

Il serait donc intéressant d’examiner dans quelle mesure des mouvements collectifs contemporains permettent de répondre de manière viable –voire généralisable - à ces trois défis ?

A rebours des logiques étatiques, est-il possible de mettre en place localement des modes d’action et d’auto - organisation qui aient un effet global ? Des mouvements sociaux arrivent-ils à donner un contenu viable à l’idée d’un fédéralisme des régions que Bernard Charbonneau soutenait avec Denis de Rougemont dans les années trente ?

Qu’en est-il des essais de relocaliser l’économie ? Les tentatives pour produire autrement, consommer autrement, épargner autrement , échanger autrement , se déplacer autrement produisent-elles autre chose que des ghettos conviviaux ? Les outils de l’économie solidaire permettent-ils de comprendre ces expériences ?

Qu’en est-il enfin de la mise en œuvre de technologies alternatives : En ville comme d ans le monde rural faut-il attendre quelque-chose des technologies « douces », de la mutualisation des outils de communication, des logiciels libres, des ateliers participatifs, de l’apprentissage mutuel des outils comptables et financiers ? Dans quelle mesure en résulte-t-il des formes de production et d’échanges moins centralisées et formelles, comment apprécier leur efficacité ?

IV Déroulement :

Deux jours d’échanges théoriques : Nous prévoyons trois communications par demi-journée, soit un total de douze communications. Celles-ci pourront durer 40 minutes et seront suivies d’une discussion de 20 minutes.

Une journée de terrain : Le troisième jour sera consacré à une excursion sur des lieux Charbonniens : Pau, Laroin, Lhers en vallée d’Aspe.

Les propositions de communication devront être envoyées au secrétariat du colloque à l’adresse suivante :

alain.cazenave-piarrot@alsatis.net