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vendredi 15 mai 2009 par Michèle Gilkinet
Edito de mai

Vers une déclaration universelle du commun de l’humanité ?

 

S’il y a bien quelque chose qui me frappe dans la campagne électorale, c’est bien combien elle a tendance à rester à la périphérie des choses sans rentrer dans le vif du sujet. Même si la récession est là et le défi écologique éclatant, ce sont toujours les mêmes vielles recettes qui nous sont proposées : avant tout il faut relancer la machine et faire croire qu’on a la situation en main pour le faire. Point de vue économique, on discoure donc sans fin pour savoir si on se trouve dans une récession/relance en V, en W ou en U et en quoi l’économie verte pourrait changer la donne mais le scénario en L reste exclu des hypothèses. On ne peut en parler. In fine, il faut que la dernière barre remonte.

Pourtant la situation que nous vivons aujourd’hui est totalement inédite. Non pas que nous n’ayons jamais eu affaire à des récessions par le passé. Ça c’est connu. Mais bien parce que cette fois les limites planétaires sont dépassées. Il parait donc totalement déraisonnable de vouloir continuer à augmenter le gâteau avec les mêmes recettes même teintées de vert alors que c’est un tout nouveau gâteau qu’il nous faut inventer comme le dit Paul Aries dans l’interview qu’il a accordé début mai

« … L’heure est à défendre le pouvoir d’achat et les emplois. On repousse à demain l’idée qu’il faille non pas seulement mieux partager les richesses, mais aussi changer la recette du gâteau car ce gâteau est totalement indigeste socialement et écologiquement (1). »

Il semble donc que la campagne électorale actuelle ne permettra qu’à la marge d’aller au cœur des choses d’autant qu’elle reste empoisonnée chez nous par la dénonciation de pratiques politiques insupportables, comme on le voit une fois de plus avec l’affaire Donfut et ses suites. Ceci dit, cela n’empêche pas d’essayer comme le font et à raison notamment les partisans belges de l’Objection de Croissance (2).

Si ce n’est pas dans la campagne que nous trouverons notre bonheur, tout n’est pas noir dans le débat politique. Deux faits importants me semblent devoir être relevés. Deux faits qui indiquent bien combien inexorablement le débat d’idée jaillit, parfois même dans des lieux qu’on n’imaginait pas porteurs il y a quelques mois à peine.

Il en va ainsi de l’appel de François Houtart « Pour une déclaration universelle du commun de l’humanité » qui commence comme ceci :

" Face à la crise financière qui affecte l’ensemble de l’économie mondiale et se combine avec une crise alimentaire, énergétique et climatique, pour déboucher sur un désastre social et humanitaire, diverses réactions se profilent à l’horizon. Certains proposent de punir et de changer les acteurs (les "voleurs de poules", comme dit Michel Camdessus, l’ancien directeur du FMI) pour continuer comme avant.
D’autres soulignent la nécessité de réguler le système, mais sans changer les paramètres, comme George Soros. Enfin il y a ceux qui estiment que c’est la logique du système économique contemporain qui est en jeu et qu’il s’agit de trouver des alternatives.
"

Vous aurez compris dans quelle formule je me retrouve et pourquoi je trouve intéressant de participer à la réflexion initiée par le Forum des alternatives sous la houlette de François Houtart pour déboucher sur une déclaration universelle du commun de l’humanité même si quelques éléments présents dans la proposition nécessiteraient, je pense, d’être renforcés (3).

Cette déclaration, le travail même sur cette déclaration pourrait, comme cela s’est passé pour la Déclaration universelle des Droits de l’Homme, contribuer à faire émerger un nouveau référent sur lequel appuyer de nouvelles politiques pour leur assurer une indispensable légitimité.

A côté de cette initiative majeure, il y a un autre fait très significatif me semble-t-il que je souhaite vous rapporter. C’est que le débat sur la croissance/décroissance entre peu à peu dans les Parlements. Pas chez nous. Ça … ! Mais en Angleterre comme en témoigne le fait qu’une commission du gouvernement britannique vient de publier un rapport appelant à mettre un terme à la croissance économique ! Vous avez bien lu. Son titre donne le ton : « Prosperity without growth ? » en d’autre terme : « La prospérité sans la croissance ? » Ce rapport rédigé par le professeur Tim Jackson, Commissaire Économique de la Commission du Développement Durable du Royaume-Uni, résume l’état actuel de nos connaissances sur la croissance économique et montre de façon convaincante qu’il faut y mettre un terme (4).

La prospérité sans la croissance ? Inventer une alternative ? Aller vers une Déclaration universelle du commun de l’humanité ? ... ?
Quand je vous disais que nous devions continuer à réclamer un débat public à la hauteur des enjeux.

Michèle Gilkinet


Notes

(1) Vous la trouverez ici :

http://environnement.blogs.liberation.fr/noualhat/2009/05/il-faut-rendre-la-d%C3%A9croissance-d%C3%A9sirable.html

(2) Voir :

http://www.objecteursdecroissance.be/com/CommuniqueAdOC11mai09_compact.pdf

(3) Pour participer voir :

http://www.cetri.be/spip.php?article1153

(4) Plus d’info sur et à partir de :

http://www.contreinfo.info/article.php3?id_article=2688