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lundi 1er décembre 2008 par Michèle Gilkinet
Edito de décembre

C’est quoi votre truc ?

 

C’est quoi votre truc pour faire face à la diminution de votre pouvoir d’achat ?

C’est quoi votre truc pour sortir de la crise ?

C’est quoi votre truc pour sortir des crises multiples qui se propagent dans le monde ?

L’une ou l’autre de ces questions fleurissent non seulement dans les discussions courantes mais aussi dans de plus en plus de medias. Elles ne sont pas de même nature et ne s’adressent d’ailleurs pas toujours au même interlocuteur.

Dans le jeu des pouvoirs et contrepouvoirs, aujourd’hui chacun continue à jouer son registre habituel. La vision portée par les syndicats n’est ainsi pas la même que celle portée par les différents lobbies économiques, les banquiers, les associations de défenses des consommateurs, les partis politiques ou encore les Etats. Chacun son job. C’est évident. On parle toujours de quelque part, comme une caméra filme toujours à partir de là où elle est posée. Là n’est pas vraiment le problème.

Le problème est de voir ce qui fait vraiment sens. Il faut donc en revenir à la question et voir quelle question on pose : S’agit-il de faire face à la diminution du pouvoir d’achat ou de sortir de toutes les crises ? La question n’est pas la même. La réponse est donc forcément différente.

Jusqu’ici notre monde occidental pensait que tout lui était possible. Aujourd’hui, les faits portés à sa connaissance comme à la connaissance des autres peuples de la terre montrent combien la boulimie développementaliste et croissantiste se heurte immanquablement aux limites des systèmes : crash alimentaire, crash boursier, crises sociales, eau douce en péril, déplétion du pétrole et des autres ressources fossiles, perte de la biodiversité, réchauffement climatique, … La liste est longue et s’allonge chaque fois que nous tentons de comprendre le monde dans lequel nous vivons. De plus en plus de citoyens réalisent cet implacable inventaire. Implacable parce que les limites sont d’ores et déjà dépassées. Implacable, parce que sous les effets dominos, c’est maintenant dans notre foyer même que les choses se font ressentir et pas seulement à travers le petit écran.

D’où la question, les questions : c’est quoi votre truc ?

Dans les réponses les points de vue s’entrechoquent selon l’analyse qui est réalisée. Beaucoup voudraient encore ne pas avoir à mettre en cause notre mode de vie car se serait trop dérangeant, trop perturbant. Les recettes présentées restent donc largement classiques au grand dam d’autres citoyens qui sentent bien que là n’est pas, ne peut pas être la réponse car ils voient bien qu’ils sont pris entre deux feu : faut-il vraiment relancer la machine économique tous azimuts ou changer de cap pour faire face au réchauffement climatique notamment ? Selon le choix, la réponse et le comportement ne sont pas les mêmes. D’un côté on joue le jeu de la dépense et de l’autre celle de la parcimonie.

Quelques mois se sont maintenant écoulés depuis que la crise alimentaire mondiale s’est imposée sur l’agenda international. Les causes du problème ont été identifiées et plus ou moins comprises. Elles sont citées notamment dans le documentaire « Vers un crash alimentaire » d’Yves Billy et Richard Prost (1). Les deux réalisateurs identifient quatre origines entremêlées :

Le réchauffement climatique et son corollaire de catastrophes diverses : désertification, événements météorologiques extrêmes, etc.

Les changements alimentaires des habitants de certains pays en voie de développement. Les Chinois apprécient par exemple de plus en plus viande, volaille ou produits laitiers, comme nous d’ailleurs.

La démographie (9 milliards d’habitants prévus en 2050), mais aussi l’urbanisation croissante (50% de la population mondiale), à l’origine d’une pollution croissante et d’une diminution de la surface agricole.

Le succès des agro carburants qui réduit la nourriture disponible sur le marché et favorise la hausse des prix alimentaires.

Toutes nous ramènent à nos propres comportements. Rebelote donc sur les choix à faire.

En gros dans les discussions deux points de vue s’entrechoquent

Poursuivre les trajectoires actuelles qui nous entraînent vers une industrialisation accrue, la libéralisation du commerce et le libre échange comme le prônent encore les grandes organisations comme l’Europe, la Banque mondiale, l’Organisation mondiale du commerce, le Fonds monétaire international, les conseils d’administration des grandes sociétés et, en fait, la plupart des gouvernements et leurs équipes de conseillers. Chez nous aussi comme le montre notamment à souhait l’exemple de BioWanze (2).

Ou rompre avec le passé et se mobiliser autour d’une vision nouvelle et créative qui ne se contente pas d’apporter des remèdes à court terme, mais introduit des changements profonds à même de nous permettre effectivement de sortir non seulement d’une crise mais bien aussi de l’interminable série de crises générée par notre modèle de croissance. C’est la voie de la sobriété et de la relocalisation des modes de vie.

« La moitié des ressources de la planète a été nécessaire à la Grande-Bretagne pour devenir ce qu’elle est actuellement. Combien de planètes seraient nécessaires pour l’Inde ? » s’interrogeait déjà Gandhi avec sa grande sagesse (3).

Et nous ? N’est-il pas temps que nous mettions cette question dans le débat ? Car soyons en certains aujourd’hui c’est plus de conversion que de relance économique dont nous avons besoin si nous voulons pouvoir répondre demain aux justes interrogations de nos enfants lorsqu’ils nous demanderont : mais qu’avez-vous fait ?

Michèle Gilkinet, présidente du Grappe


Notes

1. Pour en savoir plus sur ce documentaire voir :

http://www.grappebelgique.be/spip.php?article954

2. Par rapport aux agro carburants belges voir :

http://www.grappebelgique.be/spip.php?article959

3. Serge Latouche, le pari de la décroissance, page 44.