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jeudi 2 octobre 2008 par Michèle Gilkinet
Edito d’octobre

Il est temps de dire : Basta !

 

C’est à un mois de septembre bien sombre auquel nous avons assisté. Il était annoncé depuis de longues années par tous ceux, nombreux, qui avaient tiré la sonnette d’alarme sur la finance casino, sur le dépècement des pouvoirs publics au profit d’une indépendance bancaire, sur l’absence d’un projet européen ou plutôt sur le développement d’un projet européen basé sur la libre concurrence « non faussée » et le libre marché. Les annonces n’ont pas servi et c’est dans la précipitation que le gouvernement fédéral a sauvé Fortis et Dexia, les deux grandes banques belges fragilisées par la course à la croissance et au marché globalisé.

Un tsunami ! Les mots prononcés pour décrire la crise ont été des plus forts. Ils le restent encore aujourd’hui au moment où la Chambre des Représentants cherche à définir les responsabilités.

Un tsunami ! Un premier tsunami ai-je envie de dire, malheureusement ! Car si le mois de septembre restera marqué par les retombées en Europe et plus particulièrement chez nous en Belgique d’une crise qui a pris naissance au cœur même du système financier aux Etats-Unis, les signes précurseurs de trois autres tsunamis au moins sont déjà en route. Et de cela aujourd’hui, on n’entend guère parler.

1. « La Terre ne peut plus suivre la vitesse à laquelle nous consommons ses ressources.. »

Toutes les ressources naturelles que la Terre aura produites entre le 1er janvier et le 31 décembre 2008 ont été consommées le 23 septembre, C’est ce qu’on appelle l’Overshoot Day. Notre demande actuelle dépasse de 40% la capacité de la planète. Autrement dit, la Terre a besoin d’un an et quatre mois pour produire ce que nous consommons en un an. Ces chiffres proviennent du Global Footprint Network, un organisme de recherche qui mesure la quantité de ressources naturelles disponible et la part que nous en utilisons. L’Overshoot Day tombe de plus en plus tôt car notre consommation ne cesse d’augmenter. Le premier Overshoot Day de l’histoire a eu lieu le 31 décembre 1986. Dix ans plus tard, nous utilisions déjà 15% de plus que ce que la Terre pouvait produire. L’Overshoot Day tombait alors en novembre. Cette année, il est tombé le 23 septembre. La consommation humaine continue donc à augmenter (1).

2. Toute l’activité déployée sur le front du réchauffement climatique n’a eu jusqu’ici aucun impact !

Ça, c’est la dernière publication du Global Carbon Project (GCP) qui nous l’apprend. Il a publié en effet le 26 septembre dernier les données mondiales d’émissions de dioxyde de carbone (CO2) pour l’année 2007.

"Depuis 2000, les émissions ont crû en moyenne de 3,5% par an, soit quatre fois plus vite qu’entre 1990 et 2000, où cette augmentation annuelle n’avait été que de 0,9% environ", a expliqué Corinne Le Quéré de l’université d’East Anglia et British Antarctic Survey, membre du GCP. A titre de comparaison, le pire scénario du GIEC prévoit seulement une augmentation de 2,7% par an (2).
Bref, c’est pire que ce qu’on croyait !

3. L’échéancier des ressources fossiles continue à courir, courir ...

Ce n’est pas nouveau ! Mais cela est dit de plus en plus haut, de plus en plus clairement sans que pourtant ce fait indéniable ne semble inspirer aujourd’hui le politique. Ainsi, le magazine Science&Vie hors série du mois de juin 2008, intitulé "Construire un monde durable", nous a présenté en exclusivité l’Atlas des ressources de la planète. Je vous en conseille la lecture. Terre sacrée vient quant à elle de publier un graphique des dates prévisibles d’épuisement de nombreuses ressources fossiles et minérales (3). 2O2O pour l’argent, 2040 pour l’uranium, 2050 pour le pétrole (dont la pénurie est annoncée pour 2012), ...

Ah bon ? Et on fait comment lorsqu’on sait que la conquête d’autres planètes pour tirer les matières nécessaires à notre mode vie gaspilleur n’est pas très envisageable ?

J’aurais encore pu poursuivre la litanie mortifère des Tsunami prévisibles car les faits sont là, indéniablement. Mais bon, je ne suis pas occupée à faire la bible des catastrophes annoncées. L’essentiel a été dit. Il nous montre à suffisance qu’il nous faut sortir du miroir aux alouettes

«  Il faut éteindre la démesure plus encore que l’incendie  » disait déjà Héraclite d’Ephèse (4). C’est bien à cette phrase que me ramène chaque jour la réflexion sur les faits du monde. La crise financière ne doit pas nous obnubiler ! Car à ne regarder qu’elle, on se trompera de mesure. A quoi nous servirait en effet d’avoir été contraints à sauver Fortis et Dexia si c’est pour poursuivre la course mortifère à la croissance, à la libre concurrence « non faussée » qui épuisent les Hommes et la Planète ? J’ose espérer que nos gouvernements y penseront au moment où ils prendront effectivement les commandes des conseils d’administration de ces deux institutions bancaires !

Se souviendront-ils que le mot « crise » vient du grec « crisis » qui veut dire choix ?, et que les chinois considèrent la crise comme une opportunité de changer les choses (5) ? Se mettront-ils dans la perspective d’intégrer tous les enjeux auxquels l’humanité toute entière est confrontée ?

Si oui, alors les 29 euros par an et par habitant que nous sommes contraints à mettre dans l’escarcelle fédérale pour couvrir l’emprunt nécessaire aux recapitalisations de Fortis et de Dexia seront bien dépensés (6). Sinon, ils nous éloigneront des outils de transitions à mettre en place pour arriver à une économie écologique (7) et nous rapprocheront du gouffre.

Nous ne pouvons plus en douter : Nous appartenons bien à un monde fini, dans tous les sens du terme. Rien ne vaut un petit jeu pour s’en rendre compte concrètement. Allez, je vous le propose à titre de conclusion provisoire. Il s’agit du jeu de la ficelle que vous trouverez ici :

http://www.quinoa.be/Jeu-de-la-ficelle

Michèle Gilkinet, Présidente du Grappe


Notes :

(1) Une information du WWF : Voir http://www.wwf.be/fr/?inc=news&newsid=655&pageid=news

(2) Voir notamment : http://www.lemonde.fr/planete/article/2008/09/26/les-emissions-de-co2-excedent-largement-les-previsions_1099900_3244.html

(3) Voir : http://terresacree.org/ressources.htm#dates

(4) Sur Héraclite voir : http://fr.wikipedia.org/wiki/H%C3%A9raclite_d’%C3%89ph%C3%A8se

(5) En chinois écrit, le mot crise est composé de deux idéogrammes dont l’un signifie « changer » et l’autre « opportunité »

(6) C’est le montant annoncé à la presse par Bernard Clerfayt, notre secrétaire d’Etat aux finances, le 1er octobre. Attention ce montant ne couvre que l’emprunt réalisé par le fédéral. Nous devrons y ajouter les interventions régionales et communales.

(7) Voir notamment en première approche : « Développement durable ou économie écologique » sur : http://grappebelgique.be/article.php3?id_article=26