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lundi 1er septembre 2008 par Michèle Gilkinet
Edito de septembre

Nucléaire : on est bien loin de la sécurité annoncée

 

Comme on vient de le voir à Fleurus, la sécurité nucléaire est bien loin d’être assurée. Le problème grave survenu à l’IRE le vendredi 22 août n’a été découvert que le lundi 25. Les systèmes d’alerte n’ont pas fonctionnés et la circulation des informations entre les autorités compétentes elles-mêmes a été largement défaillante. C’est à une large cacophonie à laquelle on a assisté. En effet, ce n’est que trois jours après le début de l’ « incident », classé 3 pourtant, que l’Agence Fédérale de Contrôle Nucléaire (AFCN) a été avertie, quatre jours après que le réacteur en cause a été arrêté et six jours après que les mesures de précaution ont été indiquées à la population. Les autorités ont en effet brusquement revu leur évaluation jeudi soir lorsqu’une analyse d’échantillons d’herbe, prélevés "dans l’environnement direct" du site, a débouché sur "des mesures plus élevées d’iode radioactif" que ne laissaient présager les premiers tests. Notons encore que le système d’alerte Télérad (1&2) n’a pas fonctionné et qu’un audit de l’Agence fédérale de contrôle nucléaire avait fustigé, il y a plusieurs mois déjà, "l’absence d’exigences de sûreté" à l’IRE (3).

On n’ose imaginer le même scénario avec un « incident », non pardons ! un accident, plus grave. Car l’ « incident » survenu à Fleurus est bien le plus grave possible sur son échelle. Après on tombe dans la catégorie « accident » (4) !

Cette observation réalisée en Belgique n’est malheureusement pas isolée. En effet en Europe ce n’est pas moins de 10 « incidents » de ce type qui ont été constatés ces six derniers mois (5). On y retrouve avec constance les mêmes paramètres : systèmes d’alertes défaillants, manquement grave dans la circulation de l’information entre autorités concernées, information tardive et incomplète à la presse et aux citoyens ... Bref cafouillage, opacité et plus grave : défaillance avérée des systèmes de sécurité.

C’est ce qui s’est passé comme on vient de le voir à Fleurus en Belgique.

C’est ce qui s’est passé aussi en Espagne : En novembre 2007, une fuite s’était déclenchée à la centrale d’Asco, sur l’Ebre, mais elle n’a pas été détectée avant mars 2008, et l’autorité de régulation n’en a été avertie qu’en avril.

C’est ce qui s’est passé à Asse, en Allemagne, où la population n’a été informée que fin juin qu’une contamination de grande ampleur était en cours depuis des années à partir d’une mine de sel dans laquelle 126.000 fûts de déchets nucléaires ont été stockés : plusieurs nappes phréatiques sont maintenant menacées !

C’est ce qui s’est passé encore en France, en Drôme notamment, où ce n’est que le 18 juillet qu’on a découvert qu’une canalisation rompue depuis des années provoquait une contamination dans l’environnement.

C’est ce qui s’est passé aussi en Slovénie, en Ukraine et en Autriche, comme nous l’indique le Réseau « Sortir du Nucléaire ». Nous ne pouvons pas vous assurer que nous avons fait le tour pour ces six derniers mois. Le nucléaire a cette particularité de ne laisser filtrer les informations qu’au goutte à goutte. Il est dès lors difficile même pour ceux qui assurent un rôle de sentinelle de récolter toutes les informations. Les agences fédérales de sécurité nucléaire elles-mêmes semblent avoir bien du mal à les recueillir.

Un constat s’impose : on est bien loin de la sécurité annoncée par les pro-nucléaires et de la transparence déclarée par les autorités. C’est plutôt à la banalisation du risque à laquelle on assiste ! Ce n’est pas nouveau mais bien de plus en plus préoccupant car les installations vieillissent alors que l’utilisation du nucléaire tend à se multiplier.

Et dire que dans ce cadre, certains osent encore réclamer la prolongation des centrales belges !

Cela me fait penser que je dois vous rappeler de ne pas oublier de dire à vos petits-enfants de s’assurer qu’ils feront savoir à leurs petits-enfants comment informer leurs petits-enfants afin que ceux-ci montrent à leurs petits-enfants comment éclairer leurs petits-enfants sur la manière dont leurs petits-enfants pourront permettre à leurs petits-enfants de s’occuper de NOS DECHETS NUCLEAIRES.

Michèle Gilkinet, présidente du Grappe


Notes :

(1) Voir « Télérad veille, mais l’AFCN ne sait pas comment » sur :

http://www.lalibrematch.be/actu/belgique/article/342298/telerad-veille-mais-l-afcn-ne-sait-pas-comment.html

(2) Pour découvrir le système Télérad :

http://telerad.fgov.be/

(3) Voir « Un audit épinglait les carences de l’IRE »sur :

http://www.lesoir.be/actualite/belgique/securite-le-soir-a-parcouru-l-2008-08-30-633120.shtml

(4) Echelle des accidents nucléaires, voir notamment :

http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/societe/20080724.OBS4383/lechelle_ines_de_gravite_des_incidents_nucleaires.html

(5) Voir le CP de « Sortir du nucléaire » sur :

http://grappebelgique.be/article.php3?id_article=859