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mardi 5 août 2008 par Michèle Gilkinet
Edito d’août

De crise en crise

 

La paralyse politique est totale chez nous. Au point que toutes les tensions s’en trouvent exacerbées. Certes la crise communautaire qui mine notre pays depuis de nombreuses années n’y est pas pour rien. Mais ce serait bien à tors qu’on la désignerait comme seule responsable. Le mal est beaucoup plus profond. Il traverse aussi la ligne de fracture classique droite-gauche. Plus loin, il témoigne de l’incapacité du monde politique actuel à répondre aux grandes crises d’aujourd’hui.

Quelques exemples :

Alors que tout le système est en train de basculer, chez nous on s’occupe de l’emploi des langues au Nord et au Sud du pays avec une surenchère médiatique ! C’est à qui trouvera la commune la plus ou la moins polyglotte comme si se trouvait là le nœud du vivre ensemble !

Alors que les migrants économiques se font de plus en nombreux de part le monde, chez nous le gouvernement part en vacances sous la morbide et fallacieuse raison de ne pouvoir accueillir toute la misère du monde ! (1)

Alors que tout le système financier mondial est à un fifrelin de la culbute à cause des mesures qu’il a lui-même mises en place pour assurer le modèle de croissance tant chéri de part le monde (2), chez nous, notre cher Ministre des finances, Didier Reynders, a juste décidé ... de faire comme nos amis français. Il a relevé le taux d’épargne à 4, 25 % !

Alors que les signes du réchauffement climatique sont pourtant plus lisibles chez nous que dans d’autres pays (3), le « Printemps de l’environnement » lancé par le médiatique Ministre Magnette a tout juste accouché d’une souris et encore !

Alors que notre modèle économique et social est mis en péril par le pic du pétrole, le clivage gauche-droite reprend en cœur sa vielle rengaine et poursuit avec ses veilles recettes : il faut assurer le pouvoir d’achat ! Pour les uns à travers une réduction d’impôt. Pour les autres à travers une redistribution plus ciblée. Mais pour les uns et pour les autres en maintenant le système actuel, le plus longtemps possible...

Bref, chez-nous comme ailleurs tout va bien ! Si Gordon Brown apparaît aux anglais comme le pire Premier ministre britannique depuis la seconde guerre mondiale (4), si en France la popularité de Sarkozy chute allègrement, que nos voisins se rassurent : chez nous seule l’absence de sondage peut laisser croire que les belges sont satisfaits de leur gouvernement !

L’analyse réalisée par l’asbl Respire est édifiante à cet égard. : « Le printemps de l’environnement était une « printemporisation » (5). Ce néologisme est très clair. Il indique, je pense, l’exacte perception par le monde politique belge de sa propre capacité d’action. Son seul mot d’ordre semble bien être : « temporiser ».

Temporiser de crise en crise.
Temporiser puisqu’on ne peut rien y faire.
Temporiser jusqu’aux prochaines élections.
Bref : Temporiser ... jusqu’à ce que le ciel nous tombe sur la tête ?

Il ne faut pas être Madame Soleil pour prédire que de nouvelles élections ne changeront rien à la donne tant de gauche à droite de l’échiquier politique personne ne semble capable d’intégrer la finitude de notre planète et de proposer un nouveau contrat social. Au moment où les crises écologiques montrent pourtant allègrement le bout du nez, chacun continue à jouer volontairement aux aveugles, sans doute pour ne pas montrer au grand jour les failles du système qu’il continue à promouvoir ! Les cassandres sont toujours montrés du doigt. Il n’est jamais bon d’être trop en avance sur les autres si on veut exister politiquement. Il faut juste tenter de conserver une toute petite longueur d’avance.

Il est donc plus que temps qu’un nouveau mouvement politique émerge pour qu’au moins le débat sur l’avenir de l’humanité soit porté haut et clair. Encore faudrait-il qu’il soit à la hauteur de l’enjeu et sache se préserve du chant des sirènes.

En attendant tout cela, et en espérant relancer la réflexion, je vous propose de découvrir « Story off Stuff », en français « L’histoire des choses », un édifiant film d’animation de 20 minutes d’Annie Léonard en cliquant ici pour trouver une version française :

http://video.google.fr/videoplay?docid=-5195608655837933655&hl=fr.

Tout ou du moins beaucoup y est dit, simplement, clairement.

Bonne découverte

Michèle Gilkinet, présidente du Grappe


Notes :

(1) Relire : « Toute la misère du monde... », cet excellent texte de Claude Semal, diffusé par le journal « Imagine » déjà en juillet 2006, que nous avons décidé de remettre en ligne, pour le rendre à nouveau accessible à chacun. Voir :

http://www.grappebelgique.be/article.php3?id_article=842

(2) Voir notamment : « Les racines profondes de la crise » par Philippe Dembour, Directeur de la Responsabilité Sociétale de l’Entreprise et du Développement Durable, ING sur :

http://www.lalibre.be/libre-entreprise/enjeux-universites/article/437135/les-racines-profondes-de-la-crise.html

(3) En Belgique, et plus généralement dans toute l’Europe occidentale, la température a augmenté en moyenne deux fois plus vite que dans le reste du monde entre 1950 et 2007. C’est ce qui ressort d’un rapport du KNMI, l’institut météorologique néerlandais, révélaient vendredi les quotidiens flamands "De Morgen" et "Het Laatste Nieuws". Voir :

http://www.lalibre.be/actu/belgique/article/437159/plus-chaud-et-plus-vite.html

(4) Voir notamment :

http://www.rtbf.be/info/gordon-brown-pire-premier-ministre-britannique-de-lapres-guerre-0

(5) Voir sur le site de Respire :

http://www.respire-asbl.be/Le-printemps-de-l-environnement