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jeudi 29 mai 2008 par Michèle Gilkinet
Edito de juin

Les yeux rivés sur la croissance et le prix du pétrole

 

Un an après les élections fédérales belges qui nous promettaient monts et merveilles, notre Gouvernement fédéral semble toujours bien bloqué au point que de nombreux observateurs en prévoient la chute pendant les vacances d’été. Les différents conflits communautaires belges focalisent une tension croissante entre les protagonistes politiques du Nord et du Sud de notre cher pays mais si ils continuent à jouer un rôle de paravent, ils n’arrivent plus à occulter les défis planétaires majeurs. La presse n’hésite plus tant aujourd’hui à les monter. Il faut dire qu’avec un baril à plus de 130 dollars, et des ouragans réguliers, il devient impossible de fermer les yeux. L’inquiétude commence donc à grandir : jusqu’où pourrons-nous aller ? Notre économie pourra-t-elle tenir le coup ? Et si la tension entre le dollar et l’euro s’inversait ? Quid si nous devions dans les mois à venir connaître une récession majeure ?

Dans ce contexte, le « Printemps pour l’environnement » (1) a pourtant du mal à décoller et l’enquête sur l’« Avant-projet de Plan fédéral de développement durable 2009-2012 » (2) à susciter de l’intérêt. Ce n’est pas étonnant. C’est que chez nous comme ailleurs on continue à isoler la question environnementale des autres politiques. Pire, elle n’a toujours pas de réel statut politique. Ainsi si tout notre petit monde politique s’entend pour dire que l’avenir est définitivement au Développement Durable, les vielles structures mentales continuent à peser sur l’organisation de la décision. Observez ce simple fait : Il est temps disent les medias de s’occuper des réels problèmes de nos concitoyens. Ils appellent donc à ce que notre Gouvernement fédéral tienne un conseil des ministres ... Socio-économique ! Pas à un conseil des ministres consacrés au Développement Durable. Ils abandonnent ainsi le troisième pilier, l’environnement, à des sphères périphériques qui ne pourront que très partiellement peser sur la décision : la priorité reste au social et à la croissance économique. Tant pis si les dégâts écologiques nous rattrapent de jour en jour.

Et maintenant ? Disais-je dans l’éditorial que j’ai écrit après les élections fédérales de 2007. Voir :

http://grappebelgique.be/article.php3?id_article=452

Oui et maintenant ?

Cette question reste irrémédiablement d’actualité.

Heureusement depuis un an environ on voit de plus en plus d’intellectuels oser affirmer que nous sommes bien devant un changement de civilisation. Sauront-ils engager les débats qui s’imposent ? Les medias arriveront-ils à en répercuter toute la nécessité ? Tous ces débats naissant arriveront-ils ouvrir la brèche sur les questions de fonds avant que la réalité nous rattrape définitivement ?

Ce n’est pas sûr et c’est ce qui justifie tout notre travail.

« Aujourd’hui, nous sommes dans une société instable, qui ne peut continuer sans compromettre le futur. La société de l’an 2050 ne sera pas telle que rêvée il y a quelques décennies. Le futur sera ce que nous en ferons » déclare Michel Wautelet dans le livre « Vivement 2050 ! Comment nous vivrons (peut-être) demain" qu’il vient de sortir (3).

Sera-t-il entendu ?

La question se pose vraiment car au même moment un autre livre vient de sortir qui montre bien les antagonismes ambiants : Ce livre a pour titre : « La femme comme levier de croissance ». Sa thèse : « Longtemps, la question de la place des femmes dans l’entreprise a été traitée sous un angle juridique ou éthique. Or il s’agit d’un enjeu économique. Avec une concurrence accrue et une pénurie de main-d’oeuvre qualifiée, seules les entreprises qui sauront investir pour maîtriser la langue et la culture des femmes fidéliseront leurs hauts potentiels féminins et répondront aux attentes de leurs clientes. Accompagnée par des politiques publiques volontaristes, la mixité en entreprise pourrait constituer un levier majeur de croissance (4). »

Quand je vous disais qu’on avait du boulot !

Michèle Gilkinet, présidente


Notes

(1) Voir :

http://www.iewonline.be/spip.php?rubrique144

(2) Voir :

http://www.plan2009.be/startpagina_fr.html

(3) Michel WAUTELET est physicien, professeur à l’université de Mons-Hainaut (Belgique). Ses travaux concernent notamment l’étude des relations sciences, technologies et société. Pour plus d’information sur ses travaux, voir :

http://www.aspo.be/

et sur son livre :

http://w3.umh.ac.be/pub/ftp_aspo/vivement2050.pdf

(4) Voir :

http://www.lesechos.fr/info/analyses/4732595.htm