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mercredi 9 avril 2008 par Michèle Gilkinet
Edito d’avril

Le débat oui mais alors tout le débat

 

Le journal "Le Soir" titre cette semaine "Pollution, climat, le grand stress : la dégradation de la qualité de l’environnement inquiète une majorité de francophone" et observe dans son édito sous la plume de Christophe Schoune : "Quel paradoxe ! Alors que le débat communautaire occupe une place centrale dans la vie publique depuis dix mois, il apparaît aujourd’hui, comme le dernier souci des francophones." Faut-il que notre petite Belgique soit bien emmêlée dans son histoire communautaire pour paraître n’ouvrir les yeux qu’aujourd’hui ! Ou faut-il que la réalité écologique dérange à ce point qu’elle ne permettre que peu à peu son appréhension par ceux qui se revendiquent de la « real politic » ? Car ce déni politique d’écologie que nous vivons en Belgique, ne le vit-on pas aussi ailleurs sans que cet ailleurs soit autant pollué que nous par des questions communautaires ? Rappelez-vous le titre du film d’Al Gore, « Une vérité qui dérange », qui pourtant ne traitait que d’un aspect de la crise qui nous attend : celui du changement climatique...

Oui la réalité écologique dérange car d’où qu’on la regarde, pour peu qu’on le fasse avec attention, elle nous dit la même chose : notre modèle n’est pas tenable, il faut en changer le plus rapidement possible si nous ne voulons pas subir les conséquences d’une confrontation brutale avec la réalité. Ce changement nécessaire bouscule tous les schémas préétablis qui servent de référence à la construction politique. Il nécessite de tous et plus particulièrement des édiles de se « changer la tête » pour accepter de voir ce qui vient régulièrement bousculer notre modèle productiviste, ce fameux modèle occidental dont nous sommes si fiers. Et ça c’est autre chose que de placer du « développement durable » dans chacun de ses discours. Ça ne rassure pas et c’est bien plus compliqué.

Il faudra pourtant arrêter de tourner autour du pot et oser dire : non tout n’est pas bon à prendre pour assurer le PIB, l’emploi et la sécurité sociale. Il y a des choix à faire pour tenir compte de la planète car celle-ci n’est pas une corne d’abondance étrangère et intarissable mais un ensemble vivant dont nous dépendons tous. La mettre à mal, c’est nous mettre à mal nous-même, plonger le Sud dans encore plus de misères et plomber l’avenir de nos enfants.

Après une campagne électorale, il y a déjà plus d’un an maintenant, pourtant riche en déclarations volontaristes sur l’environnement, on doit bien constater que l’accord de gouvernement signé le 18 mars dernier est d’une incroyable faiblesse en regard de ce que nous connaissons indubitablement aujourd’hui. Non seulement il est d’un classicisme productiviste confirmé, et donc terriblement pernicieux pour notre avenir, mais encore il ne contient aucune mesure sérieuse pour rencontrer les défis environnementaux (1). Et quand, quasi dans le même temps tous les partis politiques démocratiques qui siègent au fédéral en viennent à ratifier le Traité de Lisbonne sans débats ni états d’âmes, il y a vraiment de quoi être inquiet pour l’avenir : la perception du changement nécessaire n’a pas encore percolé. Le modèle néolibéral reste confirmé comme panacée même par les verts. Dès lors le système commercial libre-échangiste ne pourra pas être entravé alors que la planète craque de toute part ! (2)

On nous annonce maintenant un « Printemps de l’environnement » à l’instar de ce qui a été réalisé en France à l’issue des élections présidentielles qui ont mené Nicolas Sarkosy à la tête de l’hexagone. Notre ministre de l’Energie et du Développement durable, Paul Magnette, a présenté début mars son dispositif. Son but annoncé est de créer un débat qui implique le public et qui permet à terme de coordonner les différents niveaux de pouvoir concernés par la politique environnementale, le climat et le développement durable ... Voilà apparemment un beau projet. Oui un beau projet. Mais comment y croire lorsqu’on voit que les débats se tiendront sans parler du centre même du système qui mène à l’impasse sociale et environnementale ? Car ces rencontres, soyez-en certains, se tiendront, comme cela a toujours été le cas, c’est-à-dire en saucissonnant les sujets pour isoler la question environnementale de la question politique comme si elle n’était finalement qu’un problème qui pouvait être solutionné sans toucher au reste ! Le risque est donc grand de n’aboutir comme en France qu’à un « cache-sexe de l’inaction gouvernementale en matière d’environnement » (3).

Je fais un procès d’intention ? On parie ?

Michèle Gilkinet, présidente du Grappe, qui se réjouirait de se tromper.


Note :

(1) Tous ceux et toutes celles qui souhaitent en prendre connaissance pour se faire une opinion par eux-mêmes le trouveront ici :

http://www.grappebelgique.be/article.php3?id_article=715

(2) Voir à ce propos notre « Lettre ouverte aux parlementaires belges » sur :

http://www.grappebelgique.be/article.php3?id_article=600

(3) L’expression est de Jean-Louis Roumégas et Anne Souyris porte-parole des Verts français. Voir « La semaine de l’écoblanchiment » paru le mardi 8 avril 2008 sur

http://www.liberation.fr/rebonds/319896.FR.php