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jeudi 6 mars 2008 par Michèle Gilkinet, Paul Lannoye
Ceci est un article externe qui ne reflète pas la position officielle du GRAPPE

Petit mot public à « Politique »

 

Les défis énergétiques. Errements du marché et débats occultés voilà le thème du dernier numéro de la revue Politique. C’est un numéro intéressant mais qui nous laisse sur notre faim. Vous trouverez ci-après la lettre que nous venons de lui adresser pour expliquer pourquoi.

Pour en savoir plus sur ce numéro et plus généralement sur la revue, cliquez ici :

http://politique.eu.org/archives/2008/02/626.html


Chers amis de la revue « Politique »

Nous voudrions à la fois saluer votre dernier numéro, « les nouveaux défis énergétiques », et vous signaler que nous restons sur notre faim. Pourquoi ? Le sous-titre, « errements du marché et débats occultés », nous laissait espérer bien plus que ce que nous y avons trouvé. En effet, il nous semble que tant les débats que les réponses, soulignés par la plupart des rédacteurs, restent largement ancrés dans une vision productiviste partagée à droite et à gauche aujourd’hui. En gros, le modèle économique auquel nous participons tous n’est pas remis en cause fondamentalement : il suffirait à lire le dossier de procéder à des aménagements technologiques pour assurer les économies d’énergie et le développement des énergies renouvelables et faire face ainsi au défi environnemental. Remarquons au passage que la question du pic du pétrole n’est abordée qu’entre les lignes alors qu’elle constitue un défi immense pour nos sociétés basées sur l’accès à une énergie abondante et bon marché. L’Agence Internationale de l’Energie nous annonce pourtant un marché du pétrole au bord de la pénurie pour 2012. Autant dire demain. L’ASPO Belgique que nous vous encourageons à contacter nous annonce même que le Pic serait d’ores et déjà atteint.

Pouvons-nous vivre sans pétrole ? Notre économie risque-t-elle de s’effondrer ? Si c’est le cas comment par exemple allons-nous continuer à financer la sécurité sociale ? Voilà quelques-unes des questions que nous aurions voulu voir traiter dans la revue.

« A 100 dollars le baril, on change de civilisation » disait récemment Yves Cochet dans un article du journal « Le Monde ». A peu de chose près nous pensons comme lui.

Nous devons sortir des trajectoires actuelles. Cette question centrale en politique devrait être au cœur des débats. Aujourd’hui ce n’est qu’à la marge qu’elle est abordée. La décroissance des ressources énergétiques, comme des autres ressources fossiles, est inscrite dans notre avenir proche. Nous le savons. Il ne sert à rien à rien de faire l’autruche sauf à risquer une confrontation de plein fouet avec la réalité. Cette décroissance annoncée peut être une chance pour proposer un nouveau modèle sociétal, non seulement à même de rencontrer les enjeux environnementaux, mais encore à même d’inverser les logiques socialement mortifères dans lesquelles nous sommes embarqués. Si cela n’est pas simple du tout à penser, c’est pourtant là que la revue « Politique » aurait un rôle à jouer en Belgique francophone un peu comme le fait la revue « Politis » en France. Nous vous encourageons donc à aller un pas plus loin dans votre travail notamment en mettant en débat les alternatives qui sont à l’étude aujourd’hui. Parmi celles-ci, nous voudrions d’emblée en souligner une qui nous parait fondamentale. Non seulement parce qu’elle est totalement prévisible mais encore parce qu’elle peut constituer un atout pour aborder le changement de civilisation. Il s’agit de la relocalisation de nos modes de vie et plus particulièrement de la relocalisation économique.

Nous avons étudié cette question et nous avons des propositions à faire. Ceux qui veulent découvrir un peu plus de quoi il retourne peuvent se référer au site du Grappe ou encore nous interroger directement. Nous sommes naturellement disposés à mettre nos propositions en débat notamment dans la revue Politique si vous le souhaitez.

En attendant nous vous envoyons nos salutations

Paul Lannoye et Michèle Gilkinet