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mercredi 5 septembre 2007 par Michèle Gilkinet
Edito de septembre

Que vaut ?

 

Que vaut l’air que nous respirons, l’eau que nous buvons, la biodiversité dont nous dépendons ?

Que valent les abeilles qui travaillent inlassablement pour nous offrir les fruits, les légumes et les fleurs dont dépend toute vie ?

Que vaut la capacité de la terre à se renouveler ? A absorber les multiples atteintes que nous lui faisons subir ?

Que vaut/valent ... tous ces biens communs dont nous dépendons ?

Rien. Nada. Nothing. Comme on dit maintenant.

En tout cas pas grand-chose au vu des débats qui immobilisent aujourd’hui toute la classe politique belge et qui fascinent tant notre chère presse.

Que vaut la Meuse polluée de l’amont de Liège jusqu’ au delà de la frontière hollandaise ? Quelques lignes seulement dans les journaux. Juste de quoi dire ... l’interdiction ... de pêcher.

L’appel de l’OMS, inquiète de l’apparition de nombreuses nouvelles maladies ? Pas un mot dans les media belges.

Les suites de l’ouragan Dean, des cyclones Félix et Henriette ? Ceux-là valent bien de nombreuses images mais guère de lien avec notre responsabilité collective qui nous amène à produire toujours plus de CO2. C’est la TV spectacle qu’on nous sert, celle qui escamote la pensée.

Les études alarmantes sur le wi-fi, les téléphones sans fil, les ondes électromagnétiques ? Il n’y a personne pour s’en occuper chez nous. Notre actuel gouvernement est en affaire courante. Quant au futur ... il a d’autres chats à fouetter.

Le bruit assourdissant autour de l’aéroport de Zaventem ? De nombreux procès sont intentés inlassablement par les riverains mais aucune solution politique ne se profile à l’horizon. Sauf celle ... qui consiste à protéger chaque week-end certains couloirs quitte à mettre d’autres zones plus peuplées en danger.

L’avenir des générations futures qui auront notamment à porter le poids du choix nucléaire qu’on tente de nous resservir ou les conséquences d’une agriculture dévoreuse d’énergie et dévastatrice pour la biodiversité ? On n’en parle même pas. Ce n’est pas notre problème. Ce qu’il nous faut c’est un développement durable ... pour nous ... aujourd’hui.

L’état de la Meuse, la santé, le silence, la biodiversité, l’avenir des générations futures, l’auto- suffisance alimentaire ... tout cela ne vaut rien, nada, nothing. Même le réchauffement climatique ne semble pas constituer un dossier suffisamment important pour qu’en Belgique on arrête enfin de se regarder le nombril.

Pensez donc tout cela ne concerne pas les francophones ni les néerlandophones.

Pensez donc, toutes ces choses ne sont pas mesurables. Elles n’entrent dans notre cher PIB et dans notre disque dur que lorsqu’elles viennent à nous manquer.

Pensez donc, ce qui compte aujourd’hui c’est de voir comment, alors que la maison Terre brûle de toute part, nous pourrons partager ce qui est comptabilisé dans notre petite chambre commune.

Pensez donc, toutes ces choses risqueraient de nous ramener à plus d’humilité. A reconnaître que nous ne pouvons pas seul dominer ce qui compose l’essentiel de notre existence. Que notre modèle sociétal est à revoir et que c’est ensemble que nous devons préparer l’avenir.

Et de cela, n’est-ce pas, nous on n’en veut pas.

Nous, on a BHV à régler et notre PIB à augmenter !

Michèle Gilkinet, présidente du Grappe