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mercredi 1er août 2007 par Michèle Gilkinet
Edito d’août

De 0,8 à plus de 10 calories

 

En retrouvant cet été les petites fiches du jardinage biologique, publiées par Nature et Progrès en collaboration avec l’émission de la RTBF « zone verte » en 1979, je suis retombée sur un passage qui m’a mené à de nombreuses méditations. Je vous le cite.

Extrait de la fiche : 52ème semaine de l’année »

« ... Sans probablement nous en apercevoir, l’agriculture actuelle se dirige sûrement vers une impasse. Considérons le point de vue énergétique.

Autrefois, l’agriculture devait pouvoir satisfaire ses besoins au départ de l’énergie du soleil et de la force musculaire des hommes et de l’animal, produite elle-même à partir de végétaux tirant leur énergie du soleil. L’agriculture industrielle correspond à une augmentation de la consommation d’énergie fossile par la mécanisation, l’emploi d’engrais chimiques, les pesticides, le séchage des récoltes, etc...

Une étude a montré qu’aujourd’hui, il faut 2,5 calories fossiles (pétrole) pour produire 1 calorie sous forme alimentaire alors qu’en 1940, il n’en fallait que 0,8.

L’agriculture est devenue en 40 ans consommatrice d’énergie alors qu’elle en était productrice. L‘énergie consommée par l’agriculture en France, par exemple, représente 9% des besoins totaux d’énergie. Si on devait généraliser ce type d’agriculture à l’ensemble des pays du monde, en 10 ans nous manquerions de pétrole, en 80 ans de potasse, et en 100 ans, d’acide phosphorique. .. »

Ce passage a été publié en 1979. Aujourd’hui près de 30 ans plus tard, notre modèle d’agriculture utiliserait, d’après plusieurs sources que j’ai consultées, plus de 10 calories (essentiellement d’origine fossile) pour en produire 1. Les avertissements n’ont donc pas été entendus. En plein pic du pétrole et alors que le réchauffement climatique montre chaque jour ses conséquences, comme en ce début du mois d’août dans tout le Sud de l’Europe et en Angleterre plus particulièrement, on ne peut que se poser plusieurs questions : ce modèle peut-il vraiment tenir ? Et si oui, jusqu’à quand ?

Chacun sait maintenant que derrière la belle façade des agrocarbutants se cache leur vrai visage : c’est bien souvent de nécrocarburants dont il faudrait parler comme le montre cet exemple tiré de « Mettez du sang dans votre moteur ! La tragédie des nécrocarburants ». Extrait du chapitre Ethanol et crises alimentaires (1).

« Nous recevons aujourd’hui même un mail de nos amis au Guatemala. Le prix de la tortilla (aliment traditionnel à base de maïs) a augmenté de 80 %. La situation est identique au Mexique. L’augmentation de 40 à 100 % du prix de la tortilla entraîne de sérieuses émeutes dans tout le pays. Quelques années en arrière, les paysans ont cessé de produire leurs maïs traditionnels au Guatemala et au Mexique car cela revenait moins cher d’acheter la tortilla à la tortillera industrielle que de cultiver sa "milpa" en raison du "dumping" de maïs (ogm) en provenance des USA.
Mais, aujourd’hui, la situation a changé : les USA gardent leur maïs (20 % de la récolte de maïs US est transformé en éthanol) et les Mexicains crèvent de faim !
 »

Les agrocarburants ne constituent donc pas la solution que pourtant on continue ci et là (quoique avec beaucoup plus de prudence maintenant) à nous vanter.

Il n’y a en réalité qu’une seule solution raisonnable : arrêter notre fureur à perpétuer et à étendre un mode de vie complètement irrationnel au vu des moyens dont nous disposons sur notre planète. Entrer sur le chemin de l’objection de croissance et de la renaissance du local.

Certes ce chemin n’est pas donné. Il l’est d’autant moins qu’il se trouve aux antipodes du modèle dominant porté par les médias traditionnels, la pub et la plupart des représentants politiques actuels et qu’ainsi que le déclare le philosophe et polytechnicien Jean-Pierre Dupuy dans « L’impensable des crises » (2)

« Comme les pouvoirs qui nous gouvernent, économiques et politiques, croient qu’un changement radical de nos modes de vie et un renoncement au « progrès » seraient le prix à payer pour éviter le désastre, et que cela leur paraît irréalisable, l’occultation du mal s’ensuit inévitablement. »

Contre « l’occultation du mal » il nous faut donc agir. Il est donc bon de voir que nous sommes de plus en plus nombreux à proposer des initiatives qui ont du sens.

Notre site essaye d’y être attentif et vous en propose régulièrement. N’hésitez pas à le parcourir et à nous faire connaître vos actions pour que nous puissions leur donner un écho.

A vous, à nous de jouer.

Michèle Gilkinet, Présidente

Annexes :

(1) Voir :
http://www.grappebelgique.be/article.php3?id_article=368

(2) Voir : http://www.grappebelgique.be/article.php3?id_article=469