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mardi 19 juin 2007 par Michèle Gilkinet
Edito 2 de juin

Et maintenant ?

 

Et maintenant que les élections législatives sont passées tant en France qu’en Belgique vers où courir, ne pas courir pour assurer l’avenir du projet que nous portons : une Ecologie forte à même de rencontrer les défis du 21ème siècle ? Si la question est simple, la réponse l’est moins ! D’autant que les résultats électoraux risquent, si nous n’y prenons garde, de nous faire partir sur de mauvaises bases.

Nous devons donc nous préserver de conclusions hâtives. Pour y arriver, je vous propose quelques questions, mais aussi quelques tentatives de réponses.

L’Ecologie politique sort-elle gagnante des élections ? Rien n’est moins sûr.

La France a donné la majorité absolue à un projet politique diamétralement opposé à celui que nous portons. Il faut dire que le système majoritaire à deux tours ralentit sinon empêche l’expression démocratique des projets alternatifs. Le niveau à atteindre pour avoir un élu est tel que la tentation est forte d’en rester à des guerres d’appareils, voire dans les appareils, pour atteindre le seuil électoral. Comment en sortir ? L’analyse de Raoul Marc Jennar ouvre des pistes sur lesquelles je vous invite à réfléchir (voir 1)

En Belgique, on peut remarquer que, si l’Ecologie politique sort des élections moins malmenée que ce qu’elle ne l’a été à partir de 2001, le projet politique lui n’apparaît nullement comme une alternative crédible. On continue à le considérer, me semble-t-il, comme un aménagement à la marge d’un modèle de société pourtant en pleine déliquescence : la sociale démocratie. Si j’étais membre du bureau d’Ecolo, je me garderais de crier victoire trop vite à moins de me satisfaire de ce type de positionnement. Je regarderais de près la composition de mon électorat en me posant ces questions : quelle part y retrouve-t-on des déçus du PS ? Quelle part des écologistes qui, pour reprendre l’expression du journal Le Soir, ont voté Ecolo du bout du crayon ? Quelle part des signataires du pacte écologique belge qui, alarmés par l’état de la planète, ne visualisent pas encore les changements profonds de modèle de société qu’immanquablement nous devrons impulser et réaliser ?

En effet, la question principale n’est-elle pas : Le projet écologiste est-il devenu plus lisible ?

Si les cris d’alarmes sur le mauvais état de la planète se multiplient, le débat sur le projet politique le mieux à même d’y pallier, lui, n’a paradoxalement pas lieu. Il reste largement occulté même si on voit de plus en plus souvent apparaître dans les médias quelques interrogations sur le modèle à poursuivre.

Je suis très étonnée de voir que certaines thématiques pourtant essentielles ont été totalement absentes de la campagne électorale. Quelques exemples : en 99 en pleine crise de la dioxine, la réduction du temps de travail était une thématique centrale ; il n’y a pas eu un mot à son propos cette fois-ci. La question de la croissance illimitée dans un monde où les ressources les plus communément utilisées ont un caractère limité et non renouvelable n’a pas été abordée ; chacun a continué à se référer au PNB ou PIB comme indicateur crédible de l’état de l’économie. La question européenne, la question internationale et plus particulièrement celle des équilibres géopolitiques en temps de crise énergétique et de celle des autres ressources n’ont pas été traitées. Celle de nos relations avec les pays du Sud pour arriver à un monde vivable pour tous encore moins...

On pourrait se dire que la cause en est au fait que le débat a été empoisonné par la dégradation du PS et le détestable feuilleton Carolo. Mais sommes-nous bien certains que c’est la raison, la seule raison ? En France non plus ces débats n’ont pas lieu et la France ne souffre pas de Charleroi que je sache.

Si l’Ecologie peine à percer comme une véritable alternative, n’est-ce pas plutôt parce qu’une partie au moins de ses composantes, en France comme en Belgique, sous prétexte « d’efficacité dans ses modes d’actions et d’intervention », entretient encore trop souvent la confusion en jouant elle-même avec des fondements qui appartiennent pourtant à un autre monde : la croissance, l’emploi à tout prix, le progressisme, voire même le productivisme ?

A force de brouiller ainsi les cartes, ne risque-t-on pas de continuer à diluer la pensée écologiste avec pour conséquence de ne rester qu’un petit poucet sans capacité à peser pour produire les changements pourtant indispensables ?

Haut les cœurs ! Le vrai réalisme aujourd’hui ce n’est pas de jouer les passe murailles ! C’est de dire qu’il est grand temps de changer de cap si nous voulons donner une chance aux plus faibles, aux générations à venir et aux peuples du Sud de faire face sans trop de douleurs aux bouleversements annoncés. Car si nous ne faisons rien ou continuons à nous satisfaire de ce qui se passe c’est bien eux qui en premier seront pénalisés par nos tergiversations.

Michèle Gilkinet, présidente du GRAPPE

(1) Analyse de Jennar, voir :

http://www.grappebelgique.be/article.php3?id_article=444