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jeudi 31 mai 2007 par Jean ZIN
Ceci est un article externe qui ne reflète pas la position officielle du GRAPPE

Les monnaies locales : un outil pour la relocalisation de l’économie

Voir aussi: Site de Jean ZIN
 

Un dossier de Jean Zin daté du 24/05/2007 reproduit ici avec l’aimable autorisation de son auteur que nous tenons à saluer.

Les monnaies locales : un outil pour la relocalisation de l’économie

Un autre monde est possible et une petite carte de paiement pourrait en être le sésame.

A l’occasion du lancement du SOL (voir : http://www.sol-reseau.org), monnaie alternative pour les réseaux de l’économie solidaire et les échanges de proximité, il faut revenir sur l’importance des monnaies locales pour la relocalisation de l’économie et la sortie du productivisme marchand, même si ce n’est pas dans l’air du temps et très loin des projets d’une gauche déboussolée...

Il est certes bien difficile de convaincre de l’utilité d’une monnaie locale, on croit même que c’est impossible à mettre en oeuvre alors que c’est sûrement la voie de l’avenir et que les outils en sont immédiatement *disponibles*, ce qu’on peut qualifier de miraculeux ! Le principal obstacle qui reste désormais se situe dans une évolution radicale des mentalités qui devraient opérer un complet retournement en pensant le changement social à partir du local, dans l’esprit de l’altermondialisme.

Au lieu de tout attendre du pouvoir central et des stratégies /top-down/, il faudrait se convertir à la construction par le bas /*bottom-up*/ d’une alternative locale à la globalisation marchande. Les prochaines élections municipales pourraient permettre d’en commencer l’expérimentation sans plus tarder. Hélas, c’est loin d’être gagné d’avance. Pourtant l’enjeu est de taille et il y a urgence !

C’est pourquoi nous allons essayer de répondre aux 3 questions :

1. pourquoi une monnaie ?

2. pourquoi relocaliser l’économie ?

3. pourquoi une monnaie locale ?

- *L’état de la question*

La monnaie fait l’objet, non sans raisons, de toutes les opprobres. On affecte de la mépriser, elle passe de main en main en silence, souvent même avec une certaine honte, les regards qui se détournent. C’est pourtant sans doute le secret de notre monde et qui devrait faire l’objet de toute notre attention. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, bien peu parmi les *économistes* s’en sont réellement préoccupés avant Keynes qui a montré toute sont importance dans la régulation des cycles économiques et l’arbitrage entre inflation et dépression. Ensuite, les monétaristes vont plutôt tenter de nous persuader que c’est une fausse route et que la monnaie est intouchable ou presque, sa régulation ne faisant que fausser les mécanismes du marché supposés optimaux ! Il est vrai que la marge de manoeuvre est étroite, mais elle est décisive malgré tout.

Face au chômage de masse actuel et la surévaluation de l’Euro, on pourrait donc être tentés par le retour aux politiques keynésiennes qui ont si bien réussi pendant les "30 glorieuses". Ce serait pourtant une erreur d’en attendre autant car le monde a changé et ce n’est pas la monnaie qui manque actuellement dans la planète financière, c’est sa répartition qui est trop inégalitaire. Outre que l’injection de liquidités dans une seule partie du monde est difficilement réalisable quand on n’est pas la monnaie de référence comme le dollar (pour peu de temps encore peut-être), on risque de plus de nourrir avec cet excédent de ressources la *bulle* immobilière ou d’autres bulles spéculatives qui résultent de la concurrence que se font les riches entre eux pour l’acquisition des richesses, sans créer véritablement de richesses supplémentaires ni d’emplois.

Ce n’est pas une raison pour ne rien faire, mais pour faire autrement, de façon plus subtile et différencié avec différentes monnaies. La question qui se pose, c’est celle du niveau pertinent d’intervention monétaire qui n’est plus celui de la nation (qui agit par le déficit budgétaire), ni même de l’Europe (aux pays trop disparates), mais le niveau le plus *local*. C’est sans doute ce qui est bien difficile à admettre mais pourtant, non seulement c’est au niveau local que le pouvoir monétaire retrouve toute son efficacité mais, surtout, les monnaies locales constituent l’instrument indispensable d’une relocalisation de l’économie devenue nécessaire pour équilibrer la globalisation marchande et entretenir un tissu économique dynamique et performant tout en privilégiant les circuits courts et protégeant contre une marchandisation à outrance.

Il y a 3 *questions* qui se posent ici : 1) pourquoi une monnaie ? 2) pourquoi relocaliser l’économie ? 3) pourquoi une monnaie locale ? A l’évidence tout ceci est très loin des aspirations actuelles, ce qui montre tout le chemin qui reste à parcourir pour renouveler les anciennes visions théoriques et des idéologies qui datent de notre entrée dans l’ère industrielle alors que nous sommes désormais à l’ère de l’information, si différente à tant de points de vue ! Il ne suffira pas d’ajustements aux marges mais d’un renouvellement théorique complet, non pas l’abandon des valeurs de justice et de solidarité mais leur réalisation dans un tout autre cadre. Il faudra apprendre aussi à tenir compte un peu plus sérieusement des questions écologiques dont on commence seulement à pressentir le caractère central. C’est un complet changement de mentalité que l’époque exige de nous.

- *Pourquoi une monnaie ?*

La monnaie est un instrument ambivalent mais c’est une réalité éminente puisque c’est un objet entièrement social, incarnation de la *totalité sociale* et de la confiance dans la société comme un tout. En effet, la monnaie est toute de symbole, on le sait depuis qu’elle est devenue monnaie-papier avant de devenir pur jeu d’écriture entre ordinateurs en réseau. La monnaie n’est qu’un droit de tirage sur la richesse produite, on le sait au moins depuis que l’afflux d’or des Amériques a fait monter les prix en Espagne (et les salaires, notamment des soldats) dès lors que les moyens monétaires augmentaient sans augmentation équivalente de la production : c’est bien là l’origine de l’économie politique. Il n’y a pas d’objet plus social que la monnaie, objet de convention frappé du sceau du souverain. Il n’y en a pas non plus qui représente autant la totalité comme telle. En même temps on peut y voir un véritable fétiche auquel on prête un pouvoir propre alors qu’il est entièrement social. C’est notre propre puissance qui s’aliène dans son incarnation sociale, ce qu’on appelle la "réification" : le devenir chose de rapports humains qui disparaissent derrière l’objet qui les incarne et deviennent impersonnels. Le paradoxe de l’argent, c’est qu’il permet l’individualisme le plus débridé et la négation la plus délirante de la société du fait même qu’il matérialise le commun et l’échange inter-personnel !

Le règne de l’argent, c’est le règne de l’équivalence entre tout et tout. On donne un prix à la vie, aux talents, aux hommes ! Il ne faut certes pas tout monétiser et l’on doit soustraire au marché nombre de services. Notons que ce n’est pas du tout la même chose de donner une rétribution (ou dédommagement) et d’en déterminer le montant en faisant appel au marché, la *gratuité* est encore autre chose. Non seulement la gratuité doit être préservée pour tout ce qui est "biens communs" mais elle doit être étendue à la reproduction numérique qu’on tente en vain de brider par des droits numériques condamnés d’avance. Même si les intérêts qu’elle bouscule résistent autant qu’ils peuvent la gratuité est inévitable, techniquement peut-on dire, dans le domaine immatériel.

Ce n’est pas sans poser effectivement nombre de problèmes au regard de l’ancien droit d’auteur et donc de la rémunération des créateurs. Il faut effectivement adapter les institutions et les modes de rémunération, notamment par la mise en place d’un revenu garanti, mais contrairement à ce que prétend la patron de la FNAC, la gratuité ce n’est pas le vol dans le numérique, c’est tout au contraire la propriété intellectuelle qui est du vol et se révèle complètement contre-productive !

Cette gratuité ne pourrait-elle être étendue au domaine matériel ? Non seulement c’est impossible mais ce n’est même pas du tout souhaitable car on a besoin de donner un prix aux choses comme au travail, pour économiser les ressources rares et reconnaître la valeur des compétences (on sait comme le travail domestique est méprisé de ne pas être reconnu monétairement). En fait on a surtout besoin de la monnaie comme système d’*information* et d’arbitrage pour établir nos priorités et répartir nos dépenses aussi bien au niveau individuel que collectif. Ainsi l’augmentation du prix du pétrole est inévitable pour en réduire la consommation. L’énergie ne pourra être gratuite tant qu’on ne se sera pas convertis à l’énergie solaire. L’importance de la monnaie n’a rien d’un énoncé théorique. Ce n’est pas une question de "valeur" morale, c’est un fait constaté qu’un apport monétaire crée de l’activité et dynamise les échanges, de même qu’il crée de l’inflation dès lors que la monnaie excède les ressources disponibles. Dans le système économique le flux monétaire est un peu l’équivalent du flux sanguin dans le corps (ce qu’avaient bien vus les physiocrates), flux d’informations en sens inverse du flux de matières et de marchandises. L’argent comme équivalent universel a un peu le même rôle que l’énergie dans le domaine physique où elle peut se convertir en travail (l’énergie c’est ce qui se conserve et se transforme). Ce n’est pas tout. L’argent fonctionne aussi comme "mémoire collective" permettant l’investissement sur le long terme par la thésaurisation, l’emprunt et la dette. C’est une fonction que les monnaies locales ou de consommation, dites "fondantes", désactivent pour éviter la capitalisation mais qui reste essentielle.

Il doit être clair que non seulement on a besoin d’argent mais que la situation devient dramatique quand l’argent vient à manquer comme 2001-2002 en Argentine ! Il y a bien une ambivalence de la monnaie mais les côtés négatifs ne doivent pas occulter les côtés positifs, tout est une question de bon usage et de régulation. Le *pouvoir monétaire* qui nous échappe aujourd’hui a toujours été le privilège du souverain pour atteindre ses objectifs politiques, c’est un pouvoir que nous devons nous réapproprier ce qui n’est possible qu’au niveau local (que voudrait dire se réapproprier l’Euro ?). On ne peut rêver à un monde sans monnaie mais plutôt à des monnaies plurielles adaptées à nos fins économiques et sociales.

- *Pourquoi relocaliser l’économie ?*

La volonté de relocaliser l’économie apparaît bien exotique, et pour tout dire, bien peu crédible alors que la globalisation étend son empire partout, mais c’est justement pour cela qu’il faut l’équilibrer en préservant le tissu économique local. On sait que la libéralisation des échanges laisse des zones entières dévastées alors même que la productivité dépend de plus en plus de ce qu’on appelle les "*externalités positives*" c’est-à-dire non seulement les infrastructures et les voies de communication mais aussi la qualité des ressources humaines et le dynamisme économique local. Le développement local est devenu encore plus essentiel que par le passé, il faut donc bien relocaliser en partie l’économie, protéger les entreprises locales, non pour s’isoler du monde mais pour mieux s’insérer dans les échanges globaux en préservant nos richesses locales. Si chaque niveau garde sa pertinence, il devrait être bien clair que ce n’est plus la nation, ni même la région qui est devenu le plus déterminant dans cette reconquête du bas vers le haut (/bottom-up/) mais bien le niveau le plus local, celui de la municipalité ou des communautés de communes, là où se traitent les problèmes pratiques et humains, où il faut s’adapter au terrain pour préserver les ressources locales et valoriser les compétences disponibles.

Le stricte logique économique des "avantages comparatifs" et des "régions qui gagnent" suffit à donner une place déterminante à la relocalisation de l’économie dans une économie-monde. S’y ajoute un autre enjeu, encore plus déterminant, celui de l’*écologie* et de la nécessité de privilégier les circuits courts. Certes, il n’est pas mauvais de laisser croire que l’écologie pourrait être un facteur de croissance et une chance pour l’économie, si cela peut accélérer la reconversion écologique, mais on n’échappera pas à une décroissance de nos consommations matérielles au moins et donc à une réorganisation des circuits économiques au profit des circuits courts.

Favoriser les échanges de proximité constitue une nécessité écologique porteuse de grandes conséquences au point qu’on peut dire qu’elles sont révolutionnaires. Contrairement à ce qu’on peut s’imaginer, il n’y a rien là d’impossible alors qu’on peut dire que 80% de l’activité économique est déjà locale, malgré la mondialisation, et qu’on se dirige vers une économie dominée par les services. Il ne s’agit que de protéger et développer cette activité. On trouvera du coup que cela n’a pas grand chose de *révolutionnaire*, ne s’opposant pas frontalement au libéralisme. On aurait bien tort car, même si les intérêts des capitalistes ne sont pas vraiment menacés par une telle stratégie, c’est bien la seule voie possible d’une protection de la concurrence mondiale, d’une sortie du capitalisme et du dépassement du salariat à plus long terme, nouveau système de production qui se construit d’abord à l’intérieur du système précédent comme le capitalisme s’est développé dans les zones franches de la féodalité. Sans pouvoir détailler tous ces points, ce qui nous emmènerait trop loin dans l’analyse des transformations d’un travail de plus en plus autonome et précaire à l’ère de l’information, il faut souligner surtout que c’est une voie qu’on peut emprunter dès maintenant sans attendre un hypothétique renversement du libéralisme mondial, dont il n’y aurait d’ailleurs rien de bon à attendre sinon le pire sans doute ! Bien qu’on attende tout d’un pouvoir central encore, qu’on voudrait plus autoritaire et qu’il suffirait de "prendre" pour tout changer, c’est dans notre vie quotidienne, au niveau local, que nous pouvons retrouver dès maintenant un pouvoir démocratique et reconstruire une vie collective plus conviviale, améliorer notre qualité de vie. Ce ne sont pas les élections présidentielles qui devraient être les élections les plus importantes mais les élections municipales, qu’on se le dise !

- *Pourquoi une monnaie locale ?*

On n’a pu qu’indiquer trop brièvement la nécessité d’une relocalisation de l’économie mais pour y arriver, l’intérêt d’une monnaie locale ne devrait pas faire de doute. D’autres "monnaies plurielles" peuvent être utiles, qu’on peut désigner comme des monnaies de réseau, systèmes d’échange à l’intérieur de réseaux spécifiques (par exemple de l’économie solidaire). On peut même imaginer que des réductions en Euros soient consentis par des grands réseaux de distribution contre des monnaies complémentaires, seulement ce modèle a l’inconvénient d’agir sur le même terrain que celui des monnaies ordinaires avec pour conséquence de devenir un pur et simple équivalent de la monnaie de référence et d’en perturber la gestion sans pouvoir en assurer le contrôle. A l’opposé, une monnaie locale est une monnaie *territoriale*, attachée à un pouvoir local démocratique. Cela en atténue fortement les perturbations éventuelles et procure de nombreux avantages au niveau de l’efficacité et de la régulation, redonnant au niveau local le pouvoir politique perdu au niveau national sur la monnaie et l’économie, pouvoir de création monétaire mais aussi de répartition et de taxation.

Non seulement c’est au niveau local qu’une monnaie complémentaire est le plus efficace, sans être incompatible avec la monnaie officielle, mais c’est bien l’outil privilégié de la relocalisation de l’économie puisque sa validité se limite à un territoire, il faut donc la dépenser localement. L’expérience des SEL (Systèmes d’Echanges Locaux) a montré, bien qu’à une échelle très réduite, l’efficacité de ces monnaies locales, entre autres pour employer ceux qui ne trouvaient pas de travail. Beaucoup d’autres *expériences* de par le monde ont montré l’utilité de ces monnaies locales, notamment lors de crises monétaires comme la crise argentine. Parfois de simples bourses d’échange de temps permettent de dynamiser les échanges locaux avec une forme primitive de monnaie qui s’apparente plus au troc et n’est pas généralisable mais qui a toute son utilité aussi.

Avec des monnaies municipales on passe à une toute autre échelle puisque cela toucherait tous les habitants de la commune qui recevraient une *carte de paiement* destinée aux échanges locaux. Dans un premier temps, cette carte pourrait se limiter à obtenir des réductions supplémentaires chez les commerçants ou les artisans locaux mais la mairie pourrait distribuer des montants différenciés de monnaie locale selon les populations concernées ainsi que des "monnaies affectées" à certaines prestations (sur le modèle des "Tickets restaurants"), améliorant sa politique sociale sans que tout cela ne coûte rien au budget municipal ! L’acceptation de cette monnaie par les différents acteurs est fonction de la confiance qu’elle aura suscitée mais il faut éviter qu’elle devienne l’apanage d’une catégorie particulière (comme les "minima sociaux"). Il est certain qu’elle intéressera d’abord ceux qui ne trouvent pas à employer leurs compétences sur le marché concurrentiel mais il faut obtenir des professionnels installés un petit pourcentage au moins en monnaie locale pour amorcer la pompe et assurer sa pérennité.

Le but étant le développement local et humain, cette monnaie locale devra faire l’objet d’une gestion fine et attentive afin de ne pas en créer trop par rapport à ce qu’on peut acheter avec. Une des caractéristique de la monnaie locale, c’est d’échapper aux *taxations* habituelles, en particulier de la TVA. Dès lors, la TVA fonctionne comme une taxe douanière, un droit de douane pour les produits extérieurs. C’est la meilleure façon d’instituer un protectionnisme local sans se couper du marché et s’enfermer dans une impossible autarcie. Bien sûr on est ainsi en contradiction avec le dogme européen d’une "concurrence libre et non faussée", et l’absence de toute taxe n’est pas viable si le système se généralise. Il faudra donc instituer au niveau municipal un autre système de taxes, ne s’appliquant qu’à partir d’un certain niveau de revenu et non pas directement sur le produit lui-même, mais aboutissant pour les professionnels à une taxation en monnaie locale sensiblement inférieure à la TVA elle-même. Ce qui est toléré pour les SEL risque de se heurter ici à l’administration fiscale mais il faudrait surtout trouver un compromis et pour cela commencer d’abord l’expérimentation. A noter que ce qu’on appelle la "loi Vauban" permettant de payer ses impôts locaux en "travail forcé", ces impôts devraient pouvoir se payer en sol ! On peut trouver aussi un intérêt plus spécifique à une monnaie locale dans les lieux touristiques où cela permet de ne pas faire payer le même prix aux touristes et aux locaux...

La caractéristique d’une monnaie locale, c’est de n’être pas convertible en monnaie ordinaire et d’avoir une validité limitée (comme les Ticket restaurants encore une fois). C’est ce qu’on appelle une monnaie de consommation, pouvant faire ainsi l’objet d’une régulation à court terme. Il ne faut pas pourtant que cette *conversion* soit trop difficile non plus, affectant sa crédibilité et son acceptation par la population. Il faut donc prévoir une convertibilité à un taux assez désavantageux et qui peut être variable. La difficulté d’un tel dispositif, c’est qu’il doit s’adapter à un monde très mobile et donc qu’il faut pouvoir convertir une monnaie locale dans une autre monnaie locale. Cela peut sembler le plus difficile, c’est pourquoi c’est une grande chance de disposer d’une monnaie alternative comme le SOL capable d’assurer ces fonctions de conversion entre monnaies locales et la mise en réseau des premières expériences sans risque de faux monnayage. Pour l’instant le principe c’est 1 sol = 10 centimes = 1 minute mais la valeur en sol diminue à partir du 6ème mois pour s’annuler au bout de 3 ans s’il n’a pas été dépensé (modulable localement).

Les cartes sont prêtes, les terminaux de paiement (gratuits), les logiciels de gestion. L’opération qui attend des municipalités prêtes à faire l’expérience a le soutien de la Macif, la Maif, le Crédit Coopératif, les Chèques déjeuners, de l’Europe, de collectivités territoriales, de Claude Alphandéry, etc.). C’est le *moment* ou jamais de tenter l’aventure qui ne se réduit pas aux limites de la commune mais constitue bien la base d’une alternative locale à la globalisation marchande , réappropriation de nos vies, de nos échanges et de la monnaie, beaucoup plus efficace qu’une illusoire "propriété collective" des instruments de production qui n’est qu’une version étatique du capitalisme. L’enjeu ici est à la fois démocratique, social, économique, écologique !

Les monnaies locales sont l’instrument privilégié d’une relocalisation de l’économie mais ce n’est pas pour autant le seul, bien sûr. Pour sortir du productivisme salarial et favoriser les productions locales, il ne faut pas seulement agir sur la circulation, il faut aussi transformer la *production* et la répartition des revenus par des coopératives municipales (structures de développement humain et d’échanges locaux) ainsi qu’un revenu garanti devenu indispensable dans la production immatérielle, mais c’est une autre histoire

http://jeanzin.free.fr/index.php?2006/10/18/68-revenu-garanti-cooperatives-municipales-et-monnaies-locales

(Article pour La lettre du GRIT de juillet 2007 sur les Monnaies plurielles)

—  Jean Zin

http://jeanzin.free.fr