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mercredi 4 décembre 2019 par Geneviève

CP Lettre ouverte aux Ministres de la Santé et de l’Agriculture demandant la suspension des autorisations en cours relatives aux fongicides SDHI

 

Communiqué de presse 04/12/2019

A l’issue du colloque « En finir avec les pesticides » qui a eu lieu ce 29 novembre à l’Université de Namur, à l’initiative du Grappe ASBL, la lettre ouverte ci-dessous (co-signée par 48 personnes) a été envoyée aux Ministres de la Santé et de l’Agriculture demandant la suspension immédiate des autorisations en cours relatives aux fongicides SDHI.
Les risques qu’ils présentent pour la santé humaine sont en effet inacceptables.

Pour le Grappe ASBL
Paul Lannoye

Lettre ouverte à Mme Maggy De Block, Ministre en charge de la Santé publique et à Mr Denis Ducarme, Ministre en charge de l’agriculture.

Madame la Ministre,
Monsieur le Ministre,

Le 16 avril 2018, un groupe de chercheurs et médecins français publiait dans la presse, un appel solennel à une suspension de l’utilisation des fongicides SDHI.
Les SDHI ont comme objectif de détruire les champignons et les moisissures sur les cultures.
Ils sont aussi utilisés pour la préservation des fruits, légumes et semences, ainsi que pour l’entretien des pelouses et des terrains de golf.
Pour ce faire, ils bloquent le fonctionnement de l’enzyme SDH, essentielle dans la respiration cellulaire. Le problème est que cette enzyme se retrouve dans les cellules de tous les êtres vivants, en ce compris l’être humain.
Les scientifiques suspectaient les SDHI d’entraîner des dérèglements cellulaires chez l’homme. Se basant sur l’insuffisance de tests toxicologiques préalables à leur autorisation de mise sur le marché, ils demandaient la suspension de leur utilisation.
Cet appel n’a pas été entendu.
Ce 7 novembre 2019, une nouvelle étude publiée dans la revue scientifique Plos One (1), confirme la toxicité des fongicides SDHI.

Les chercheurs ont étudié 8 fongicides de cette famille et mis en évidence des faits particulièrement interpellants. Tous s’avèrent toxiques pour les abeilles, les vers de terre et … les humains. Il ressort même de cette étude que certains, parmi ces fongicides, sont plus efficaces pour empêcher la respiration cellulaire des vers de terre et des abeilles et donc pour les tuer, que pour détruire les moisissures et les champignons. Un des SDHI, le flutolanil, est plus toxique pour les cellules humaines que pour celles des champignons. Chez les personnes présentant des troubles neurologiques ou atteints de maladies neurodégénératives dues à une insuffisance de la respiration cellulaire et/ou à une hypersensibilité à des dommages oxydatifs, la toxicité des SDHI est particulièrement élevée.

Ces nouvelles données justifient d’autant plus l’appel à la suspension des autorisations relatives à tous les SDHI ; elles motivent largement notre demande, telle que formulée ci-après.

Nous, soussignés, estimons que la dissémination des fongicides SDHI fait prendre un risque inacceptable pour la santé de tous et pour la biodiversité.
Nous demandons en conséquence qu’en vertu de la procédure d’urgence prévue au chapitre IX du règlement n° 1107/2009 (article 71), l’Etat belge suspende immédiatement l’autorisation de mise sur le marché de tous les produits fongicides à base de SDHI.

Nous demandons aussi que l’Etat belge informe, dans le même temps, la Commission européenne de la nécessité d’une interdiction d’urgence des SDHI au plan européen.

48 signatures récoltées lors du colloque " En finir avec les pesticides" le 29 novembre à Namur.

(1) Bénit,P., Kahn, A, Chretien, D., Bortoli, S, Huc, L.,et al : «  Evolutionary conserved susceptibility of the mitochondrial respiratory chain to SDHI pesticides and its consequence on the impact of SDHIs on humain cultured cells  » Plos One 14, November 7, 2019