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mardi 3 mai 2016 par Geneviève

Edito d’avril 2016 écrit par Paul Lannoye

 

Communiqué de presse : Trente ans après Tchernobyl : refuser la banalisation des catastrophes.

En ce 26 avril 2016, trente ans, jour pour jour après l’explosion du réacteur n°4 de la centrale de Tchernobyl, les conséquences de la catastrophe se manifestent toujours. Dans les pays limitrophes bien sûr : les populations d’Ukraine, de Biélorussie et de Russie, lourdement touchées par les retombées radioactives souffrent dans leur chair de l’irradiation subie.

Mais dans les pays plus lointains d’Europe qui ont vu passer le nuage de Tchernobyl, les retombées radioactives ont aussi fait des dégâts bien mesurables. C’est le cas dans notre pays comme viennent de le montrer sous la direction du professeur Luc Michel six médecins de l’hôpital universitaire de Mont-Godinne : leur étude démontre que l’exposition aux radiations du nuage de Tchernobyl a été plus importante que ce que les autorités de l’époque ont affirmé. Elle montre que le taux de cancers de la thyroïde chez les enfants qui avaient moins de 15 ans en 1986 est significativement plus élevé que dans l’ensemble de la population. Le confinement pendant quelques jours et l’administration de pastilles d’iode aurait évité ces dommages à la santé. Mais il faut bien admettre que les autres pays concernés n’ont pas fait mieux, à l’exception notoire de la Pologne.

Aujourd’hui, l’Agence Fédérale de Contrôle Nucléaire (AFCN) recommande que cette mesure préventive soit applicable sur tout le territoire belge. Cette recommandation est parfaitement justifiée. Elle s’inscrit malheureusement dans une logique des plus dangereuses qui tend à accréditer l’idée qu’un accident nucléaire majeur, même très grave, n’est finalement pas si grave. On peut vivre avec, moyennant des mesures de précaution ; une bonne organisation des secours et un programme ambitieux de décontamination (comme à Fukushima).

C’est la position implicitement soutenue par l’AIEA et, en Belgique, par l’AFCN. En accordant récemment à Electrabel l’autorisation de redémarrage de réacteurs dont les cuves fissurées ne sont pas conformes aux exigences normales de sécurité, l’AFCN a violé un des principes de base de la sûreté nucléaire, le principe de défense en profondeur, lequel exige une qualité irréprochable de la cuve. En fait, l’AFCN utilise la population belge comme sujet d’une expérience inédite et particulièrement dangereuse et se donne bonne conscience en préconisant la généralisation de la prise de pastilles d’iode en cas d’accident. Ainsi, on fait croire que le problème majeur est celui de l’iode radioactif, en feignant d’oublier la contamination à long terme, notamment par le strontium 90, le césium 137 et le plutonium 239 dont la durée de vie est respectivement de 29 ans, 30 ans et 24 000 ans. Cette attitude s’inscrit dans la campagne de banalisation du risque nucléaire et des catastrophes comme celles de Tchernobyl et Fukushima. Elle est intolérable et d’ailleurs considérée comme telle par les gouvernements de deux pays voisins, riverains de la Belgique, l’Allemagne et le Luxembourg lesquels réclament l’arrêt de Doel 3 et Tihange 2. Il est plus que temps que les autorités politiques de notre pays qui ne l’ont pas encore fait s’expriment à ce sujet et réclament eux aussi la mise à l’arrêt immédiate des réacteurs de Doel 3 et Tihange 2 et la réactivation du processus de sortie du nucléaire amorcé en 2003 et prétendument maintenu.

Dans cet esprit, le Grappe s’adressera aux bourgmestres de toutes les communes de Wallonie et de Bruxelles pour qu’ils assument leur responsabilité en matière de sécurité de leurs concitoyens et réclament eux aussi l’arrêt des réacteurs litigieux.

Pour le Grappe asbl Paul Lannoye, président