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mardi 27 janvier 2015
Edito de Janvier 2015

Extrait de " Lettre ouverte aux gourous de l’économie qui nous prennent pour des imbéciles"

 

En guise d’éditorial, je vous propose le texte ci-dessous, extrait du livre de Bernard Maris, publié chez Albin Michel, en 1999 : « Lettre ouverte aux gourous de l’économie qui nous prennent pour des imbéciles ».

Bernard Maris, économiste aussi brillant que virulent envers la caste des économistes de cour, était chroniqueur à Charlie Hebdo où il signait ses chroniques : Oncle Bernard. Il a été assassiné le 7 janvier dernier

"La « valeur » … Savez-vous vraiment ce qu’est la valeur ? Avez-vous réfléchi au poids de ce mot que vous utilisez – moins souvent, il est vrai, vous préférez le mot « richesse ». La France de plus en plus riche, l’entreprise productrice de richesses … Vous croyez-vous sincèrement autorisés à utiliser le mot richesse ? Savez-vous que les déchets, la transformation des forêts en latérite, les bidonvilles qui ceinturent les villes à la place des campagnes, la dépense d’essence dans les embouteillages, la mutation de l’eau en poison, l’agrandissement du trou d’ozone sont de la « richesse » ? Savez-vous – bien sûr vous savez- que la mercantilisation de l’air, de l’eau, et des gaz à effet de serre que respirent les hommes est une création de « richesse » ? Car il y aura bientôt des marchés de gaz à effet de serre, avec une offre, une demande, des prix, donc de la richesse ! Savez-vous que plus l’eau devient rare, dégueulasse, donc chère, plus les hommes « s’enrichissent » dans votre système ? Que plus le monde est empoisonné, plus il est riche, par simple effet de rareté ? Ô miracle de l’économie politique libérale qui sut transformer le mal en bien, le déchet en produit, appelant blanc ce qui était noir et richesse ce qui n’était guère que misère ! Au fait … Qui fait la richesse de votre arrogante industrie du tourisme ?... Notre-Dame, construite pour des pauvres, ou les entrées des villes, avec vos monuments à vous, construits également pour des pauvres, Leclerc et Castorama ? Allons ! J’ai peine à croire que dans vos moments de lucidité, entre deux tranches de viande frelatée, deux lampées de fuel, et deux heures à courir pour gagner cinq minutes de temps, ou quelques francs dans un mauvais article fourgué à un journal, vous ne réfléchissiez pas à la « richesse »… Pauvre richesse…"

Bernard Maris