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mercredi 8 janvier 2014
Edito de Janvier 2014 écrit par Paul Lannoye

Sale temps pour la démocratie ... Sale temps pour l’écologie.

 

La fin d’année 2013 a vu, comme c’est souvent le cas, le petit monde politique belge pris de fièvre laborieuse pour voter à la hâte ce qui devait être adopté avant 2014.
Le parlement fédéral a logiquement concrétisé les accords communautaires issus des interminables travaux qui ont permis au gouvernement Di Rupo de se mettre en place.
Plus discrètement, les 20 et 21 décembre, les parlements wallon et bruxellois et celui de la fédération Wallonie-Bruxelles ont ratifié à une écrasante majorité le traité budgétaire européen, plus précisément le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG).
Ce traité, adopté dès février 2012 par les dirigeants européens, devait, pour entrer en vigueur, être ratifié par les parlements des Etats signataires, avant le 31 décembre 2013.
La Belgique, en vertu de sa constitution, présente la particularité de devoir soumettre tout traité aux 7 parlements élus. La Chambre et le Sénat, ont ratifié le texte avant les vacances d’été, dans un silence assourdissant, les partis de la majorité votant pour, les écologistes votant discrètement contre. Les parlements flamand et germanophone ont suivi.

Malgré les protestations et mises en garde diverses, sur la portée de ce traité enfermant définitivement les Etats membres dans un carcan budgétaire intenable, soumettant les parlements à la tutelle technocratique de la Commission européenne et préconisant une austérité sans perspective, aucun débat sérieux n’a eu lieu. La presse dans son ensemble est restée étrangement silencieuse, malgré l’évidente importance des enjeux.

Les syndicats du sud du pays ont tenté de se faire entendre et obtenu que des auditions publiques aient lieu au parlement wallon avant le vote.
Prévue initialement au début de l’automne, cette audition a finalement eu lieu, à l’abri des regards et des manifestations potentielles… le 18 décembre, à Bruxelles, soit deux jours avant le vote. Si on garde une certaine candeur bienveillante à l’égard du monde politique, on a du mal à comprendre pourquoi un texte publié en février 2012 a dû attendre pour être ratifié les derniers jours de décembre 2013. L’explication est pourtant simple : la peur de l’opinion publique. Mieux vaut tenir à l’écart les citoyens de ce qui les regarde et voter au moment où la plupart d’entre nous sommes plus préoccupés par la préparation des fêtes de fin d’année que par les décisions politiques. D’autant plus que le contenu de ce traité s’il est correctement explicité ne peut susciter que réprobations et critiques.

J’entends déjà les protestations indignées des présidents des parlements concernés. Comment osez-vous porter une telle accusation. Il ne suffit pas de voter pour ou contre ce traité, il faut aussi prévoir sa transposition et son application dans les Régions ! Et cela a pris du temps. Sans doute, mais la transposition ne survient qu’après la ratification. Rien n’empêchait donc les parlements de postposer le débat sur la transposition. La ratification ne permet pas en effet de changer une virgule au texte soumis.

La réalité inavouable est que tant le PS qu’Ecolo sont dans une position très inconfortable.
Interpellés par les syndicats, socialistes et écologistes devaient à tout prix éviter un débat qui ne pouvait que leur faire perdre la face. Ecolo, plus particulièrement, se trouvait contraint de justifier un vote positif pour rester en phase avec ses partenaires de majorité, alors que ses parlementaires fédéraux dans l’opposition, ont voté contre.

Comment en effet expliquer qu’un traité considéré comme nocif devienne acceptable par les Régions ?
En utilisant la technique bien connue de l’enfumage.
Olivier Deleuze, dans le rôle de l’enfumeur en chef, a tenté de convaincre les auditeurs matinaux de la RTBF de la pertinence de cette attitude schizophrène.
Il s’est justifié en arguant de l’adoption de balises efficaces par les majorités au pouvoir. Il est stipulé notamment que les contraintes budgétaires imposées par le TSCG devront faire l’objet d’une évaluation préalable, tenir compte de bon fonctionnement des services d’intérêt général et préserver les objectifs sociaux et environnementaux poursuivis par les entités concernées. Ces balises n’ont évidemment aucune portée autre que déclamatoire ; en clair, il s’agit bien de décider de sauter dans l’eau en refusant d’être mouillés !
Les responsables d’Ecolo, comme ceux du PS, du CDH et du MR le savent bien mais cela leur permettra dans quelques mois de feindre l’indignation et s’insurger contre le rigorisme de la Commission européenne à qui ils ont cédé leurs droits.
Mais ce sera après les élections et surtout longtemps après une forfaiture qu’on s’évertuera à oublier.

Depuis sa création en 1980, Ecolo se targue de faire de la politique autrement.
En se donnant comme priorité absolue, après la catastrophique participation gouvernementale de 1999 à 2003, la présence au pouvoir considérée comme le meilleur et unique moyen d’obtenir des « avancées » écologiques, Ecolo s’est clairement aligné sur les pratiques politiciennes de ses partenaires potentiels.
Le contorsionnisme intellectuel nécessaire pour justifier tous les renoncements s’est logiquement imposé au sein de l’appareil du parti. Tromper volontairement les citoyens par des arguments fallacieux est l’aboutissement inéluctable de la dérive assumée par un parti qui n’est plus que la caricature de ce qu’il a été.

Paul Lannoye,
député européen honoraire,
président du Grappe

Note :

Je m’en voudrais de ne pas saluer ici les parlementaires régionaux Ecolo qui ont eu le courage de se démarquer de la ligne sinueuse du parti : Céline Delforge et Jean-Claude Defossé au parlement bruxellois (ils ont voté contre) et Véronique Cremasco au parlement Wallon (elle s’est abstenue). J’inclus dans le lot Sfia Bouarfa (députée PS au parlement bruxellois) ; elle aussi mérite le respect.
Je sais gré par ailleurs à Philippe Lamberts, député européen, de sa prise de position très claire à l’égard du TSCG. Cela n’a pas suffi à ébranler l’appareil sans faille de son parti.