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mardi 18 septembre 2012 par Michèle Gilkinet
Edito de septembre

Slow, small, l’heure des convergences et des paradoxes

 

Les choses bougent c’est certain. Que ce soit en mode slow ou en mode small la réflexion bat son plein. Pour un nombre grandissant de personnes, la poursuite du modèle actuel est une impasse au moins pour elle-même ou pour leur domaine d’action. La question n’est donc plus tant « faut-il ou non bouger ? » que « dans quel sens et comment ? ». Cela va même au-delà pour certains qui s’activent déjà avec une belle énergie pour tenter de modifier certaines règles en cours.

Vous voulez quelques exemples ? Allez ! Je vous livre en vrac quelques liens à même d’alimenter votre réflexion :

Slow science : la désexcellence

Mobilisons-nous pour faire évoluer les normes sanitaires en Belgique

Une autre PAC est possible ! La société civile se mobilise !

Appel à un sommet européen alternatif

• Après la naissance de Kairos, voici la naissance de MOINS !

D’accord. C’est un vrac bien emmêlé. Entre par exemple la « slow science » et un appel à un sommet européen alternatif, il y a beaucoup, beaucoup de marge. Pourtant il me semble que petit à petit les réflexions ont tendance à s’ordonnancer autour d’une certitude : on ne peut pas continuer comme cela. Les points d’entrée sont différents mais la réflexion aboutit à certaines évidences : nous devons ralentir, viser des créations plus petites, qui engagent moins de moyens, qui nous permettent de reprendre la maîtrise de nos existences, … . Bref nous devons nous mettre en route vers un avenir différent de celui qui reste encore dessiné aujourd’hui. Même notre 1er Ministre, Elio Di Rupo, semble entamer cette réflexion. N’a-t-il pas déclaré dans son interview de rentrée (1) : « Ma conviction est que l’on doit parvenir à scinder les banques, à réduire leur taille et à protéger les avoirs des citoyens de manière à éviter que les Etats interviennent. ».

A Valériane, où j’ai eu l’occasion de parler avec plusieurs visiteurs, ces thématiques sont revenues souvent dans la discussion avec ce type de questions : Comment faire bouger les choses ? Une convergence est-elle possible ? A quelles conditions ? Grappe pourrait-il y contribuer ? N’y aurait-il pas moyen de frapper un grand coup ? De démultiplier les moyens techniques au service de nos actions ? D’agir plus vite ?

Sous-jacente à ces questions, une réelle inquiétude : quel temps nous reste-t-il avant l’effondrement ? Beaucoup n’en doute plus et aujourd’hui c’est l’urgence qui jaillit des échanges. Avec elle, un premier paradoxe. D’un côté, il nous faut prendre le temps de ralentir, d’insuffler le rétrécissement des sphères qui soutiennent le productivisme, de construire des alternatives, de penser un autre modèle sociétal, d’activer la participation de la société à son édification, … . De l’autre, l’urgence nous talonne à un point tel que certains voudraient voir un grand mouvement alternatif émerger d’une seule pièce, fut-ce pour d’aucuns sous la férule d’un grand gourou.

C’est qu’en définitive du local au global il n’y a finalement qu’un petit pas … du moins dans l’analyse. Et c’est bien là sans doute que se trouve un second paradoxe. En effet, aujourd’hui, chacun d’entre nous peut se rendre compte combien les décisions prises dans la sphère globale conditionnent son vécu et ses possibilités d’action au niveau local. Il lui suffit de jeter un coup d’œil sur ce qui se passe en Grèce, en Italie, au Portugal ou en Espagne ou de passer à la pompe à essence.

Alors que nous voudrions pouvoir concentrer nos actions sur le local, le ralentissement et le rétrécissement, l’associatif convivial, … nous savons que ces travaux n’ont aucune chance d’aboutir totalement si nous ne cherchons pas activement toutes les convergences possibles à même de peser sur le global. A cet égard, je vous renvoie à l’excellente analyse « Parler local, détruire global ? » que Felipe Van Keirsbilck a placé sur le blog de la revue « Politique » (2). C’est un billet d’humeur pourtant tout en profondeur et tout à fait d’actualité au moment où de multiples visages et slogans fleurissent sur les murs de nos communes et où dans le même temps se négocie dans notre dos le TSCG, aussi connu comme « Pacte budgétaire européen".

On se retrouve pour approfondir tout cela à l’occasion d’une conférence du cycle « 40 ans après, plus que jamais … Small is beautiful ». ?

Michèle Gilkinet


Notes

(1) Voir notamment http://www.lecho.be/actualite/economie_politique_belgique/Les_priorites_de_Di_Rupo_securite_rigueur_reformes_et_banques.9236675-3154.art?ckc=1

(2) http://blogs.politique.eu.org/Parler-local-detruire-global