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dimanche 7 janvier 2007 par GRAPPE
Edito de janvier

L’horloge écologique n’accepte plus de tergiversation.

 

Appel pour une politique de la responsabilité.

Cela fait déjà un bon bout de temps que le rapport Brundtland (1) a attiré l’attention du monde entier sur deux problèmes clés que l’humanité allait devoir gérer si toutefois elle envisageait sa survie et celle de ses descendants à une échéance autre que de court terme, à savoir :

- l’épuisement des ressources, notamment énergétiques ;

- des pollutions majeures dont l’expression la plus globale se trouve dans le réchauffement climatique.

Plus que jamais aujourd’hui, nous sommes confrontés à ces deux questions fondamentales pour notre survie. En effet, les deux conventions majeures du sommet de Rio en 1992 - la convention sur la biodiversité et celle sur le climat- n’ont guère été suivies d’effets. Le XXIe siècle est bien entamé et l’Agenda 21 (2) reste toujours lettre morte ou rempli de mesures insignifiantes au regard des enjeux.

Aujourd’hui, l’expression Développement Durable est utilisée au gré des intérêts économico-commerciaux ou politiques des locuteurs. La notion de "durabilité" est devenue une pieuse incantation (3). Le concept de Développement Durable est perverti de différentes manières, notamment par le monde des affaires qui l’a rendu synonyme de croissance durable et de consommation durable (4).

Il suffit pourtant d’analyser un tant soit peu notre mode de vie pour se rendre compte qu’il est intenable. Dans les pays les plus "riches", la croissance économique liée à la consommation boulimique font que la capacité de charge de notre planète est déjà largement atteinte. Les ressources matérielles non renouvelables s’épuisent, notamment les ressources énergétiques fossiles, c’est inéluctable. On a beau parler de recyclage et de valorisation des déchets, il y a des limites et il y aura toujours des pertes dans les processus. On a beau avancer que le progrès technique permettra de produire autant de biens et services en consommant moins de matières premières et d’énergie et de trouver des substituts aux matières disparues, ils ne naîtront pas de rien. Ils consommeront aussi de la matière et de l’énergie.

Bien sûr il faudra recycler et valoriser les déchets, tout en n’en produisant presque plus. Bien sûr la plus grande efficience possible devra être de mise dans la production. Bien sûr il faudra des substituts aux produits d’aujourd’hui et il sera nécessaire de modifier nos modes de consommation comme nos pratiques de production. Bien sûr toutes les ressources non renouvelables devront être utilisées avec beaucoup de parcimonie. Cela n’en rend pas moins indispensable de remettre en cause d’urgence notre modèle économique basé sur la croissance et donc notre mode de vie car il est insoutenable pour notre planète et les populations qui la peuplent.

En ce début de XXIe siècle, il est de plus en plus clair que l’ère des énergies fossiles touche à sa fin et que la compétition pour la maîtrise des derniers barils, sous l’étendard des droits de l’homme et de la civilisation, se fera de plus en plus acharnée. Les désordres écologiques planétaires sont devenus bien visibles pour ceux qui refusent de se voiler la face. Nous ne pouvons plus ignorer non plus que le pillage des ressources vitales du sud se poursuit et qu’il grève les chances de survie des habitants de ces régions.

Il y a des centaines de millions de personnes qui ne mangent pas à leur faim, qui n’ont pas accès à de l’eau potable, à l’éducation, à la santé ... . Notre hyper croissance, insatiable, dévoreuse de moyens financiers, n’a rien arrangé malgré les déclarations. Elle ne changera rien même en s’appelant développement durable. Tous ceux qui se préoccupent de l’action politique et qui recherchent l’équité doivent s’en rendre compte. Les faits, la dure réalité des limites de notre planète sont là. Il ne sert à rien de les démentir sauf à perpétuer la politique de l’autruche. Nous devons bien changer d’économie.

« Il n’y a aucun économiste sensé qui oserait donner à une entreprise industrielle ou commerciale le conseil de se contenter de manger son capital sans se soucier de se créer un revenu sous le prétexte que le capital de l’entreprise est grand au point d’être mal comptabilisé. Il aurait encore moins l’idée saugrenue de mesurer le progrès de l’entreprise au rythme croissant auquel elle dévore son capital. Il n’y a cependant pas beaucoup d’économistes qui aient le courage de donner à l’entreprise Terre les mêmes conseils judicieux que ceux qu’ils prodiguent à toutes les autres entreprises.(5) »

Nous savons que l’écosystème terre est un système fini et que les comportements de consommation effrénée, ainsi que la croyance dans une croissance durable voire infinie menacent gravement nos petits-enfants et leurs enfants à qui la légèreté et le manque de vision à terme ne laissent que peu de chances.

Il est impératif de se débarrasser de l’illusion technologique qui veut que l’homme - grâce aux progrès techniques toujours à venir - pourra maîtriser toute chose. Il est devenu évident que l’illusion de la croissance doit être remise en question le plus rapidement possible et que le sens de la « mesure » doit replacer l’homme et ses activités « en équilibre » avec son milieu mais aussi avec les autres hommes, ceux qui ne bénéficient pas ou peu des fruits de la « croissance ».

Dans un contexte de mondialisation généralisée - qui aboutit à convertir toute activité, toute action en terme de rentabilité et donc à ne plus prôner qu’une seule valeur, la valeur marchande des êtres et des choses - il est clair que les mécanismes de l’économie de marché ne sont pas capables d’intégrer ni les préoccupations de long terme, ni la protection des ressources vitales pour les générations futures, ni les nécessités sociales présentes et à venir. D’où que l’on regarde les choses, l’heure est donc venue de proposer un concept plus approprié comme objectif commun de l’humanité.

Il ne sert à rien de se lamenter sur la pauvreté, le vieillissement de la population ou la fin de la Belgique car si nous n’adoptons pas rapidement une série de mesures volontaristes pour changer d’économie et mettre en place les systèmes sociaux qui s’imposent du fait de la finitude de notre monde, ces questions n’auront plus de sens.

Des civilisations prestigieuses sont mortes avant nous et elles le sont parce qu’elles n’ont pas su ou voulu, au moment opportun, adopter les changements radicaux qui étaient nécessaires dans leur évolution. Nous avons aujourd’hui l’intelligence et la compréhension des phénomènes et de leurs conséquences. Nous ne pouvons prétendre à l’excuse de l’ignorance. Il est encore temps d’agir, mais le temps presse de plus en plus.

Certes il est évident qu’il est difficile de mettre en place une économie écologique dans un pays alors que la mondialisation des activités est de plus en plus effective. Développer une véritable stratégie mondiale de transformation sociale est certainement un objectif essentiel. Mais l’absence d’accord international ne doit pas servir de justification à l’immobilisme. Chaque niveau de décision politique peut et doit, dans les limites de ses compétences, apporter sa pierre à l’édifice. L’Histoire récente a par ailleurs montré que des initiatives nationales ou régionales, dans un contexte européen où les marges de manœuvre sont relativement étroites, ont fait école et même entraîné l’Union européenne dans la bonne direction. Il est ainsi flagrant que la politique volontariste du Danemark, de l’Autriche et de l’Allemagne en matière d’énergies renouvelables a servi de base aux engagements communautaires en la matière.

Des formules apparemment ambitieuses ont été utilisées lors du Sommet des Nations Unies à Johannesbourg disant : "il faut changer les modes de production et de consommation dans les pays industrialisés". Sans doute est-ce pertinent mais il est plus pertinent encore et plus à la hauteur de l’enjeu de dire qu’il faut remettre en cause la culture de consommation ainsi que la logique de croissance qui la sous-tend. Il est temps d’affirmer qu’une non-consommation peut être socialement et écologiquement préférable à une consommation.

La critique radicale et constructive de notre modèle sociétal a de quoi effrayer tant les gardiens du temple que les fidèles. La tentation est donc grande de tout tenter pour faire admettre qu’il n’est pas question de changer de temple ni de croyances mais tout au plus de moderniser un peu la liturgie et d’intégrer çà et là des officiants verts. C’est la démarche "développement durable". Le moins qu’on puisse dire est qu’elle n’a pas fait ses preuves à ce jour.

Il est devenu irréaliste de croire qu’il est possible d’aménager le système actuel sans le remettre fondamentalement en cause. Un changement de paradigme s’impose bien à nous. Il appartient à ceux qui sont les principaux bénéficiaires du modèle dominant d’assumer le leadership des processus de changement. D’autant plus, qu’ils risquent bien d’être, au même titre que les déshérités actuels de la croissance, victimes des bouleversements écologiques et sociaux en cours et à venir. C’est ce que nous attendons notamment de tous ceux qui oeuvrent à l’action politique. Le constat de la situation présente et de sa probable évolution font conclure à la non recevabilité d’une politique des petits pas visant à changer les politiques et les comportements en douceur.

L’horloge climatique, et pas rien qu’elle, n’accepte plus de tergiversation.

Les crises écologiques que nous traversons - changements climatiques, pillages des ressources naturelles, pollutions généralisées, érosion de la biodiversité, ... - ne constituent pas un phénomène séparé, qu’on pourrait régler en faisant appel à la prise de conscience et à la bonne volonté de tous ou par des innovations technologiques, mais un élément de plus en plus prégnant d’un ensemble plus large, qu’on ne traitera pas sans s’attaquer aussi aux rapports sociaux et aux intérêts économiques qui défendent le statu quo.

Il est trop tard pour une "soft ecology" permettant de ménager tous les conservatismes. Il faut mettre en œuvre dès à présent tous les mécanismes et parmi ceux-ci une indispensable renaissance du local pour amorcer une grande mutation économique de l’ère du pétrole vers celle du renouvelable, de la mondialisation vers la localisation.

Signataires :

Badoux Aimée, membre du Grappe

Bombaert Marc, membre du Grappe

Boulet Anne, travailleuse sociale Couvin

Busschaert Jacques, ancien représentant en papier recyclé

Cambier Pascal, Eco-conseiller / Chargé de communication

Cavalier Marie-Rose, membre du Grappe, ancienne Députée régionale

Chantrell Oliver, Licencié en sciences politiques de l’ucl
(1994) - électeur écolo depuis 1989 - bloggeur - marin etc..

Choquet Serge, adhérent au Grappe et militant Ecolo

Comblin Daniel, membre du Grappe

Coppin Jacques, Secrétaire Ecolo Walhain

Croibien Hughes, adhérent au Grappe, membre d’ACC et des Amis de la Terre

Dardenne Martine, membre du Grappe, Sénatrice honoraire

de Chantal Barbay Jeanne

Demez Robin, étudiant en Droit à l’IESN

Dombret Laurent

Dupont Françoise, enseignante

Eggerickx Vincent, économiste, citoyen du monde

Francken Ann-Mary, administratrice du Grappe

Gigot Benoît, membre d’Ecolo et sympathisant du Grappe

Gilboux Françoise, adhérente au Grappe

Gilkinet Michèle, présidente du Grappe, ancienne Députée fédérale

Gorez Béatrice

Guilmot Jean-Luc, bio-ingénieur, conseiller communal

Haine David

Honorez Sylviane, enseignante, membre nature et progrès

Job Marie-Christine, membre du Grappe

Lambert Paul, membre du Grappe et d’Ecolo

Lannoye Paul , administrateur du Grappe, Député européen honoraire

Leboutte Francis, adhérent au Grappe et membre Ecolo

Legrain Jacky, conseiller communal

Legros Bernard, membre-fondateur du Réseau Belge des Objecteurs de Croissance (RéBOC)

Legros Michel, adhérent au Grappe, conseiller CPAS

Liénard Jean, membre du Grappe

Loriaux Anton, étudiant en agronomie à la FSAGx

Mocole Alexandra, Ingénieur Architecte, membre du Grappe

Petit Anne, Conseiller emploi

Rotthier Jacques sympathisant du Grappe et d’Ecolo

Schimp Bruno, sympathisant Ecolo, membre de Nature et Progrès, sympathisant de l’Apere, citoyen responsable et amoureux de la vie

Stein Pierre, secrétaire du Grappe

Sterckx André, adhérent au Grappe et Conseiller Communal Ecolo

Trépant Inès, membre du Grappe

Trussart Georges, administrateur du Grappe, ancien Sénateur

Van Nypelseer Jean-Marc, membre du Grappe

Voet Pierre, Biologiste et conseiller Communal

Warnotte Pauline, étudiante en droit et conseillère communale

Wattiez Catherine, Dr. Sc., Expert Consultant en Sciences de l’Environnement, adhérente au Grappe.

Wégria Benoit, membre du Grappe

Wéry Michèle, membre Ecolo

Zink Daniel, membre du Grappe


Si vous souhaitez vous aussi signer ce texte, contactez-nous : info@grappebelgique.be


Notes :
(1) D’autres l’avaient déjà fait bien avant, notamment le Club de Rome qui a tiré la sonnette d’alarme dès 1972 dans son rapport "The Limits to Growth", titre erronément traduit en français par "Halte à la croissance".

(2) Actions à mener au XXIe siècle pour ne pas hypothéquer l’avenir des générations futures.

(3) Pour Sadruddin Aga Khan qui a travaillé à l’Unesco puis a été Haut-Commissaire des Nations-Unies pour les réfugiés et préside la Fondation de Bellerive pour les questions écologiques , le dogme du développement durable est trompeur par nature : il égare nos esprits de la même manière que l’a fait, en son temps, l’idée que la terre était plate.

(4) « Le développement durable, une notion pervertie » in le Monde diplomatique, décembre 2002.

(5) J.Neirynck, Le huitième jour de la création.