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mardi 10 avril 2012 par GRAPPE asbl
Edito d’avril

40 ans après, plus que jamais…. « Small is beautiful ».

 

- En 2002, Alqueva, le plus grand lac artificiel d’Europe, situé dans l’Alentejo au sud-est du Portugal, devait être un eldorado agricole et une mine d’or touristique. Dix ans après, l’échec est total : le barrage n’a en rien bénéficié aux populations locales, privées de champs de culture désormais recouverts d’eau. A noter que l’Edia, le consortium public chargé du développement et des infrastructures d’Alqueva a dépensé des centaines de millions d’euros en béton ….. Le projet touristique Parque Alqueva qui visait la rénovation de deux anciennes maisons de maître, la construction de deux ports de plaisance et des plates-formes d’atterrissage pour hélicoptères pour un investissement total de 974 millions d’euros a été suspendu sine die, à la suite de l’éclatement de la bulle immobilière. (information publiée par le Courrier international n° 1115- 15 au 21 mars).


- Plusieurs grandes villes chinoises s’affaissent. Selon une étude de l’Institut de surveillance géologique de Chine, cinquante villes chinoises en plein essor sont victimes de ce phénomène attribué essentiellement à la surexploitation des aquifères souterrains, elle-même entraînée par la surpopulation et le suréquipement des centres urbains. A Shanghaï , mégalopole de 23 millions d’habitants, une faille est apparue au pied du chantier de la Shanghaï Tower. Celle-ci promet de s’élever à 632m en 2014 face à deux autres géants, le World Financial Center, 492 m et la Tour Jinmao, 420m. Shanghaï compte 41 gratte-ciel de plus de 200 m de haut (information publiée par « Le Monde » du 17 mars 2012).

- Le 5 avril 2012, un arrêté royal permet l’usage sur le territoire belge des hyper-trucks, camions pouvant transporter 60 tonnes de marchandises (la limite autorisée jusqu’à ce jour était de 40 tonnes). Pour les transporteurs, c’est potentiellement une réduction des frais de personnel et de carburant. L’impact sur l’environnement, l’infrastructure routière et la sécurité est perçu à travers de nombreuses enquêtes d’opinion effectuées dans différents pays européens, comme très négatif. (information publiée par « Le Soir » du 6 avril 2012).

Ces trois informations concernent des problématiques qui n’ont apparemment aucun rapport entre elles. Une lecture plus attentive montre cependant une caractéristique commune à ces différents choix : leur démesure. Tous trois franchissent avec arrogance les limites inspirées par le respect des populations concernées et de leur mode de vie ainsi que par la capacité d’insertion dans leur environnement. Il est clair que la volonté de puissance et l’intérêt financier ne connaissent pas de limites, au contraire des ressources et de la capacité d’adaptation des écosystèmes et des êtres vivants. En fait, l’approche étroitement économiste adoptée par les responsables politiques occidentaux et occidentalisés conduit systématiquement, au nom des économies d’échelle, à ignorer les limites et à privilégier les projets de grande taille et les technologies adaptées à ces choix.

En cohérence avec le dogme de la croissance à tout prix, cette approche s’est imposée dans tous les domaines d’activité. Elle continue à sévir aujourd’hui malgré l’évidence de plus en plus manifeste de sa non pertinence.

En publiant en 1973 un des livres phares de la décennie « Small is beautiful », l’économiste britannique Ernst-Friedrich Schumacher (1911-1977) prenait le contre-pied de la conception dominante. Constatant la tendance à la démesure de l’homme occidental qu’il jugeait dangereuse pour l’humanité, l’auteur se basant essentiellement sur son expérience de terrain préconisait de privilégier en tous domaines les solutions à taille humaine. Quarante ans plus tard, alors que s’est imposée une mondialisation économique et financière qui a accentué la tendance à la démesure, le Grappe a choisi de revisiter la pensée d’Ernst-Friedrich Schumacher.

Un cycle de 6 conférences-débats aura lieu au long des 12 mois à venir. L’objectif est de mettre en évidence les atouts des réalisations à échelle humaine en les comparant aux mégasolutions, y compris au plan économique.

Six grands débats sont programmés dont 3 en 2012 :

1. Le 27 avril 2012 : « Pourquoi les petites banques ne tombent pas en faillite » au Centre Boetendael, rue du Doyenné, 96 - 1180 Uccle à 19H.

2. Le 21 septembre 2012 : « L’agriculture paysanne pour nourrir le monde » à Louvain-La-Neuve, à 19H.

3. Le 24 novembre 2012 : « Une économie durable avec les PME et les circuits courts » au Cinéma « le Chaplin » rue de l’église, 20 - 5670 Nismes à 14H30.

Trois autres au printemps et automne 2013 :

1. Le 8 février 2013 : « Production d’énergie : le potentiel d’autonomie locale » auditoire du CRIE, rue Fusch,3 à Liège à 19H30

2. Le 25 mai 2013 : « Les coopératives : le grand retour ? » au centre L’Ilon- Place l’Ilon, 17 à Namur de 10H à 17H.

3. Le 15 novembre 2013 : « Démocratie, bien-être et taille des entités politiques » à la Maison de l’Ecologie, 26, rue Basse-Marcelle à Namur à 19h 30

PAF : 5 euros/débat

Paul Lannoye