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mardi 20 décembre 2011 par GRAPPE asbl
Edito de décembre

Les échecs successifs des conférences de l’ONU annoncent-ils le plan B ?

 

Communiqué de presse de GRAPPE asbl du 16 décembre 2011

Les échecs successifs des conférences de l’ONU annoncent-ils le plan B ?

Une fois de plus, la conférence de l’ONU sur le changement climatique s’est terminée par un accord a minima permettant à la Communauté internationale de sauver le processus de négociation mais en aucun cas de se donner les moyens d’envisager une réduction significative des rejets de GES.

Après Copenhague et Cancun, Durban est un échec pour le climat et surtout l’annonce d’un échec de longue durée.

Il y a tout lieu, dans ces conditions, de voir resurgir au nom du réalisme, l’idée d’un plan B émise par certains scientifiques, héritiers directs du Dr Folamour : puisqu’on ne parvient pas à réduire les émissions de gaz à effet de serre, accommodons-nous de cette situation et utilisons à grande échelle les techniques de géo-ingénierie lesquelles permettent de contrecarrer ou de réduire les effets négatifs de ces gaz à effet de serre.
Deux types principaux de techniques de géo-ingénierie sont proposés depuis quelques années :

- la réflexion-déviation du rayonnement solaire (par projection de sulfates dans la stratosphère ou blanchissement des nuages) ;

- la séquestration du CO2 par fertilisation des océans et donc surproduction de phytoplancton ou encore par production et enfouissement à grande échelle de biochar (charbon de bois obtenu par pyrolyse).

Toutes ces techniques impliquent des risques sans précédent pour les écosystèmes planétaires, risques dont il est logiquement impossible de prévoir l’ampleur et même la nature.

En novembre 2010, le Sommet de la Convention sur la diversité biologique, réuni à Nagoya (Japon) a adopté, à l’unanimité, un moratoire sur les activités de géo-ingénierie à grande échelle. Par ce moratoire, les 193 pays signataires se sont engagés à renoncer à toute activité de géo-ingénierie susceptible d’affecter la biodiversité aussi longtemps qu’une base scientifique adéquate ne permet pas de justifier de telles activités et qu’une prise en considération appropriée des risques pour l’environnement et la biodiversité ainsi que des impacts sociaux, économiques et culturels n’est pas réalisée.

Un moratoire ne constitue qu’un coup d’arrêt momentané. Les promoteurs de la géo-ingénierie n’ont pas désarmé. Nous en avons pour preuve la mise sur pied récente par le GIEC d’un groupe de travail chargé d’évaluer les recherches nécessaires dans le domaine de la géo-ingénierie, notamment en ce qui concerne les mécanismes de gouvernance à définir pour l’encadrer.

Un autre élément est de nature à inquiéter : les États-Unis ne sont pas partie à la Convention sur la biodiversité. Ils ne sont juridiquement liés par aucun engagement. Il y a donc de bonnes raisons de craindre des initiatives unilatérales de leur part, sachant que la plupart des projets de géo-ingénierie sont nés sur leur territoire et que les experts et les brevets déposés en la matière sont essentiellement états-uniens.
Dans le but d’éviter ce piège, nous avons interpellé récemment (avant Durban) la Commissaire européenne concernée et les quatre ministres belges en charge de la protection du climat pour que le moratoire de 2009 ne soit pas compromis au nom de soi-disant impératifs de recherche scientifique dont le véritable but est de préparer pour demain la légitimation de techniques inacceptables.

Plus concrètement, nous leur avons demandé :

1. de veiller à renoncer à tout financement de projets de recherche-développement en lien direct avec les techniques de géo-ingénierie ;

2. d’appeler tous les États-membres de l’Union européenne à faire de même ;

3. dans le cadre de la préparation du Sommet Rio +20 en 2012 et de l’après-Kyoto de veiller à la primauté de la décision de Nagoya sur toute autre considération ;

4. de soutenir la proposition plus globale d’adoption d’une nouvelle Convention internationale sur l’évaluation des nouvelles technologies (ICENT), telle que proposée par l’ETC group ;

5. de mettre le thème de la géo-ingénierie à l’ordre du jour au sein du dialogue transatlantique Union européenne- Etats-Unis visant à obtenir des Etats-Unis qu’ils renoncent à toute initiative unilatérale en matière de géo-ingénierie.

Nous appelons aujourd’hui toutes les associations préoccupées par la problématique du réchauffement climatique à relayer et appuyer notre demande.

Pour le Grappe

Michèle Gilkinet, Présidente,

Paul Lannoye, Administrateur

Pierre Stein, Secrétaire