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lundi 3 octobre 2011 par Michèle Gilkinet
Édito d’octobre

Nous puisons dans les réserves

 

Le mardi 27 septembre 2011, nous avons atteint l’overshoot day, c’est à dire « le jour de dépassement global ». Autrement dit, selon l’association environnementale Global Footprint Network (1) qui calcule chaque année « l’Earth Overshoot Day », nous avons consommé à cette date toutes les ressources que peut produire la Terre en un an. Depuis nous puisons dans les réserves. En 9 mois, les Humains ont donc épuisé l’intérêt que leur procure le « capital nature » pour l’année. Depuis le 27 septembre nous avons donc commencé à puiser dans le capital.

Les Humains ? Pas tous les Humains bien sûr. Pour savoir ce qu’il en est pour chacun, il faut se référer à l’empreinte écologique qui permet de mesurer pays par pays, voire personne par personne, la pression exercée sur la planète. Grâce à cet outil, on peut par exemple réaliser ceci : Si tout le monde vivait comme un américain moyen, nous aurions besoin au moins des ressources de cinq planètes. Globalement 20 % de la population mondiale consomme 80 % des ressources et bien sûr cette population se trouve essentiellement au Nord, en Europe et en Amérique.

Aujourd’hui, l’Humanité utilise l’équivalent de 1,3 planète chaque année.

Plusieurs scénarios modérés des Nations Unies suggèrent que si la consommation et les tendances actuelles d’évolution de la population continuent ainsi, nous aurons, en 2050, besoin d’un peu plus de deux planètes pour subvenir à nos besoins. Mais nous n’en avons qu’une seule !

Extrait de http://www.footprintnetwork.org/fr/index.php/GFN/page/world_footprint/


Dans le monde actuel, alors que l’Humanité dépasse déjà les limites planétaires, l’état des actifs écologiques est de plus en plus critique. Chaque pays présente des risques écologiques spécifiques : beaucoup enregistrent des déficits écologiques en ayant des empreintes supérieures à leurs propres capacités écologiques. D’autres dépendent étroitement de l’importation de ressources qui subissent des pressions croissantes. Dans certains endroits du Monde, les conséquences des déficits écologiques sont déjà dévastatrices : disparitions de ressources, destructions d’écosystèmes, dettes, pauvreté, famines et guerres.

Les institutions européennes commencent à tenir un peu plus compte de ce problème. La Commission européenne a en effet mis en chantier le 20 septembre une réflexion sur une rationalisation de l’usage des ressources naturelles afin que « leur consommation soit optimisée » et qu’au final, « ces ressources soient préservées ».

Il est ainsi d’ores et déjà prévu que « la rationalisation de l’utilisation des ressources naturelles » figure dans le cadre des stratégies et des objectifs que les États membres de l’UE devront tous mettre en place pour transformer l’économie européenne d’ici 2050. La Commission européenne – qui représente l’exécutif européen – veut également mettre en place d’ici 2013 des objectifs et des indicateurs pour limiter le gaspillage des matières premières, des métaux, de l’énergie ou encore des ressources naturelles. Elle en vient à considérer que « des ressources naturelles clés comme les matières premières, les métaux, l’énergie, la biodiversité et l’eau ont été utilisées pour faire fonctionner l’économie comme si elles étaient inépuisables ». Alors qu’évidemment, elles ne le sont pas.

Ça ne peut donc plus durer et c’est de plus en plus clair pour tout un chacun. Mais la méthode préconisée permettra-t-elle de mettre fin à ces errements ? Peut-on vraiment considérer que « l’optimisation de la consommation des ressources naturelles » suffira à « préserver les ressources naturelles » tout en continuant à vouloir étendre à la planète entière le modèle consumériste et productiviste, présent au cœur même de nos Traités européens, pour servir la croissance ?

Rien n’est moins certain ! L’exemple de l’automobile est à cet égard édifiant. « La France de 62 millions d’habitants, nous dit Yves Cochet, possède 36 millions d’automobiles. La Chine de 1 330 millions d’habitants en possède aussi 36 millions. Si les Chinois devaient vivre comme les Français, leur pays devrait posséder plus de 770 millions d’automobiles. Ce seul chiffre doublerait le parc automobile mondial. Cet accroissement est impossible du simple fait qu’il n’y aura jamais assez d’acier, de plastiques, d’aluminium, de plomb, de cuivre … pour construire autant de véhicules, ni assez de pétrole pour les mouvoir ».

Je vous laisse réfléchir à cela. Je vous propose d’inclure dans votre réflexion d’autres pays, par exemple l’Inde ou le Brésil, ou un autre produit, par exemple les ordinateurs ou les téléphones mobiles. Je crois que vous en arriverez à la même conclusion que moi. C’est tout simplement impossible même en visant une optimisation de la production et de la consommation des voitures, des ordinateurs, des téléphones mobiles, des …. On a en effet et une fois de plus oublié l’effet rebond ou encore le simple fait que les baisses d’impact et de pollution par unité se trouvent systématiquement anéanties par la multiplication du nombre d’unités vendues et consommées.

On y revient et revient sans cesse, le modèle de société actuel porté par les Traités européens est suicidaire. Il nous faut donc en sortir.

Michèle Gilkinet


Note :

(1) Global Footprint Network : http://www.footprintnetwork.org/fr/index.php/GFN/

(2) Voir l’ « antimannuel d’écologie » d’Yves Cochet page 34