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vendredi 8 octobre 2010 par Michèle Gilkinet
Edito d’octobre

Silence … On négocie

 

A l’heure où la NASA lance la surveillance de l’impact du changement climatique dans les montagnes de l’Himalaya à l’aide de satellites (1), à l’heure où dans le monde entier des citoyens se mobilisent pour faire du 10-10-10 une journée mondiale de mobilisation contre le changement climatique (2), à l’heure où Via Campensina appelle les mouvements sociaux à « mille Cancuns pour une justice climatique ! » (3), chez nous en Belgique il n’y a pas un seul négociateur pour mettre en avant le défi écologique dans les négociations. Non pas un seul. Même pas Jean-Michel Javaux dont pourtant on aurait pu attendre au moins un petit mot. Il est vrai que ce dernier refuse "d’être de nouveau le missionnaire ou l’éclaireur écologique", d’être "porteur de politique de rupture" pour privilégier la "stratégie des petits pas"(4). Dont acte.

L’heure est à la méthode Coué : il faut « préserver le bien-être économique et social » des petits belges comme si cette préservation pouvait être assurée sans s’occuper de la question écologique.

Pourtant partout dans le monde les signaux d’alertes se sont multipliés en 2010 au point que l’on peut dire que l’année a été rude, très rude sur le plan environnemental. En Amérique du Nord, une marée noire sans précédant a submergé le Golfe du Mexique ; en Asie, jamais température aussi élevée n’a été enregistrée ; dans l’Arctique, la fonte des glace s’est accélérée jusqu’à un rythme jamais vu auparavant ; en Bolivie les géants fluviaux sont devenus des cours d’eau timides (5) ; la mousson violente en Inde et les inondations au Pakistan ont dévasté les récoltes de riz et de blé et sinistré 20 millions de personnes pour le seul Pakistan ; la Chine a du faire face elle aussi à une marée noire (dans la Mer Jaune) et en Russie de fortes chaleurs ont embrasé, entre autre, la région de la Volga, au point que la Russie cherche elle aussi à s’approvisionner sur le marché international ; aujourd’hui le centre du Vietnam est à son tour frappé par des inondations meurtrières et la Hongrie et à sa suite tous les pays liés au Danube doivent faire face à un nouveau désastre écologique.

… et dire que j’en ai passé tant on rencontre des désastres sur tous les continents.

Mais silence … On négocie. On négocie… pour « préserver notre bien-être économique et social ». On négocie sans tenir compte de l’ensemble plus vaste dans lequel nous nous situons, sans tenir compte par exemple des quatre paramètres suivants, pourtant majeurs :

- Pour l’année 2010 les experts de la Banque mondiale prévoient que 64 millions de personnes supplémentaires (soit l’équivalent de la population française) auront été plongées dans la marmite de l’extrême pauvreté (6). En d’autre termes : l’Objectif du millénaire d’éradiquer la faim dans le Monde d’ici à 2015 ne sera pas atteint. Au contraire, c’est plus, beaucoup plus de pauvreté qui est créée puisqu’un milliard de personnes la subissent aujourd’hui !

- L’overshoot day 2010, c’est-à-dire le moment où la terre commence à vivre à crédit est tombé cette année le 21 août soit après 9 mois seulement (7) ! Nous vivons donc à crédit et notre endettement ce n’est pas seulement envers les banques que nous l’avons mais bien aussi envers ceux-là même qui plongent dans la pauvreté aujourd’hui et envers les générations à venir.

- L’armée allemande prédit le "peak oil » autour de 2010. « A partir de ce constat, les auteurs, dirigés par un lieutenant-colonel, passent en revue les réactions en chaîne qui risquent de se produire. A les lire, le pire est possible : les Etats producteurs de pétrole vont voir leur pouvoir accru ; l’importance prise par le marché va diminuer au profit de relations commerciales entre les Etats ; des pays qui ne se seraient pas préparés à l’avance pourraient faire faillite et, dans certains cas, la démocratie pourrait être en danger (8). »

- La prochaine conférence des Nations unies sur le réchauffement climatique se déroulera du 29 novembre au 10 décembre prochain et nous ne savons encore rien de ce que la Belgique mettra en place pour contribuer à enrayer le réchauffement climatique.

Ces quatre paramètres à eux-seuls montrent à souhait combien il conviendrait que nous élargissions le cadre de nos références, combien la priorité dans la grande réforme institutionnelle qui nous attend ne doit pas être de modifier notre constitution pour pouvoir poursuivre un peu plus longtemps un modèle dépassé mais bien de le faire afin de nous doter des outils et des dynamiques solidaires à même de nous permettre d’entrer sereinement, solidairement et consciemment dans le nouveau monde qui s’annonce. La lettre adressée par une centaine de citoyen/es (9) aux parlementaires issus des dernières élections était très claire à ce propos. Je vous engage à la relire et à la diffuser largement à voix haute.

Au boulot.

Michèle Gilkinet


Notes :

(1) http://www.lemonde.fr/planete/article/2010/10/05/des-satellites-vont-surveiller-l-himalaya_1420664_3244.html#xtor=RSS-3208

(2) http://www.350.org/fr

(3) http://climatjustice.files.wordpress.com/2010/08/appel-de-la-via-campesina-fr.pdf

(4) http://www.rtbf.be/info/belgique/politique/jean-michel-javaux-decoit-inter-environnement-wallonie-200724

(5) http://www.mleray.info/article-bolivie-l-hiver-austral-une-desastre-ecologique-et-humanitaire-57521029.html

(6) In « La faim et les moyens » Martine Bulard, à la Une du « Monde Diplomatique » n° 679 d’octobre 2010

(7) http://www.lesoir.be/actualite/sciences/2010-08-16/la-terre-vit-a-credit-jusqu-a-la-fin-de-l-annee-787525.php

(8) http://www.lemonde.fr/planete/article/2010/09/11/l-armee-allemande-predit-le-pire-une-fois-le-pic-petrolier-atteint_1409882_3244.html

(9) http://www.grappebelgique.be/spip.php?article1312