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mardi 14 septembre 2010 par Michèle Gilkinet
Ceci est un article externe qui ne reflète pas la position officielle du GRAPPE

La décroissance, une idée qui chemine sous la récession

 

Le Monde Diplomatique présente sous ce titre ici et sous la plume d’Éric Dupin une analyse des différents courants qui composent la mouvance de la Décroissance en France. Les observateurs attentifs à la situation belge y trouveront pas mal de similitudes avec ce qui se vit et se développe dans notre pays. Par exemple dans les interrogations -notamment entre nécessité et désir- qui sont bel et bien débattues régulièrement chez nous aussi.

Cependant il ne conviendrait pas de dire sinon sur le fond des analyses et des propositions qui commencent à émerger (ouf il y a bien un chemin commun pour les Objecteurs de Croissance) qu’on trouve chez nous tout à fait les mêmes clivages qu’en France.

D’une part la Belgique n’est pas une république : habitués à cohabiter avec des cultures différentes (3 officielles en Belgique) et parfois,si pas souvent, de façon tendue comme on le voit aujourd’hui avec notre crise institutionnelle, les belges sont sans doute plus proches du relativisme de Serge Latouche que de l’universalisme républicain de Cheynet.

Par ailleurs, ils n’ont pas la chance de pouvoir compter sur une figure aussi marquante que celle d’Yves Cochet pour porter le débat ou du moins tenter de le faire dans les sphères institutionnelles. De ce coté là, chez nous, c’est plutôt silence à tous les étages.

Enfin, est-le coté pratico-pratique des belges, ou un héritage de leur grande habitude à la négociation, je vous en laisse juge, les belges ont opté pour créer un mouvement politique à travers un processus constituant qui a mobilisé une bonne centaine de personnes de différentes origines pendant plusieurs mois alors que pourtant en Belgique aussi la Décroissance était déjà présente dans le champ électoral avec deux listes au moins (l’une à Bruxelles et l’autre à Namur). Il est vrai que la taille de la Belgique ou plutôt, restons corrects, de sa francophonie constituait un facteur favorable à cette démarche. Pour en savoir plus sur ce mouvement politique vous pouvez vous rendre à cette adresse : http://www.objecteursdecroissance.be/.

Indépendant de ces deux listes et du mouvement politique des Objecteurs de Croissance, plusieurs associations chez nous s’inscrivent volontairement dans la démarche de la décroissance. Il y a le Grappe bien sûr qui se situe sur ce chemin depuis son origine mais il est loin d’être le seul. Les Amis de la terre Belgique, l’asbl Respire, et bien d’autres associations ont inscrits dans leur projet si pas au cœur même de leur objet social, la relocalisation, l’autonomie alimentaire et énergétique et plein d’autres composantes de la Décroissance. Chaque fois que possible nous tentons de vous informer de leurs actions sur ce site. Il est d’ailleurs remarquable de souligner à cet égard que le nombre de débats sur la Décroissance est chez nous aussi en ... croissance... importante et qu’on observe même qu’il est tenté dans des sphères qui hier encore nous semblaient bien éloignées de cette réflexion.

Chez nous aussi donc la Décroissance est bien une idée qui chemine... et il est bien possible que la récession soit un facteur favorable à ce cheminement mais celle-ci ne serait rien sans les nombreux militants de terrain qui s’inscrivent dans l’une et souvent plusieurs des 4 voies majeures de l’Objection de Croissance :

- la simplicité volontaire
- la mise en place concrète d’alternatives sur les différents territoires
- la construction d’un projet politique cohérent et novateur
- et la réflexion théorique et spirituelle

Ne craignons donc rien de nos différences et voyons plutôt dans celles-ci la garantie de débats riches et approfondis ainsi que celle de la diversité des réponses que nous serons à même de construire pour faire en sorte que le changement de paradigme qui nous attend soit enfin l’occasion d’inscrire un peu plus dans le réel ce qui fonde notre humanité.

Michèle Gilkinet