Accueil
vendredi 7 mai 2010 par Michèle Gilkinet
Edito de mai

Dépassés

 

Oui le mot « dépassés » semble bien être le mot qui convient pour décrire ce que nous sommes au vu de ce qui se vit un peu partout dans le monde aujourd’hui : nous sommes dépassés.

Nous sommes « dépassés » en Belgique comme le montrent les trois années calamiteuses que nous venons de vivre. De démission en démission le gouvernement a fini par provoquer les élections anticipées sans aucune certitude pour la suite car il n’est pas du tout certain que ce qui sortira des urnes permettra de régler plus facilement les désaccords actuels. Que du contraire.

Nous sommes « dépassés » en Europe où on voit la crise économique mettre à mal plusieurs pays et partant notre monnaie unique, l’euro. De réunion en réunion on n’arrive pas empêcher la propagation de l’épidémie (4 pays sont déjà touchés ou en tout cas pointés) ni à colmater la brèche qui s’est ouverte.

Nous sommes « dépassés » un peu partout dans le monde. Comme on le voit par exemple dans cette autre brèche qui s’est ouverte avec l’éclatement d’une seule plateforme pétrolière et qui va mettre à mal l’économie de quatre Etats américains. Comme on le voit aussi avec les suites de l’accident de Tchernobyl dont plus personne (sauf les activistes antinucléaires et les victimes) ne veut plus parler comme pour faire oublier le fait que Tchernobyl continue à faire des dégâts aujourd’hui. Pourtant le nombre de victime continue à augmenter. Cancers, malformations génétiques... les conséquences sanitaires de la catastrophe s’aggravent d’année en année. En Biélorussie, environ 4 enfants sur 5 sont contaminés. Depuis 24 ans, les autorités internationales, et en particulier l’OMS, n’apportent aucune véritable réponse aux populations touchées. La catastrophe continue.

La catastrophe continue et on continue à faire du même car comme le rappelle Philippe Gruca dans son excellent article « le principe immanence » qu’il a rédigé pour le 8ième numéro de la revue Entropia « ce qui est aujourd’hui requis, c’est de se montrer à la hauteur des sociétés gigantesques- tant par l’étendue de leur territoire que par le nombre de leurs habitants – dans lesquelles nous nous trouvons entoilés, … ». Nous devons nous montrer à la hauteur et surtout ne pas dire (sauf en privé) que nous sommes « dépassés ». On fait donc comme si, comme si la situation restait sous contrôle, comme si chacun de nous gardait la maîtrise de sa part de travail dans un enchevêtrement, un enveloppement de responsabilités tellement brouillé qu’aucun d’entre nous ne sait plus vraiment où commence et où finit la sienne, ni où elle se situe concrètement dans les « productoducs » mondiaux de toute sorte qui ont été créés.

Philippe Gruca plaide pour un nouveau principe qu’il appelle « principe d’immanence », un principe qui rappelle les limites de notre humanité et qui pourrait nous inciter à ramener nos créations humaines à une taille à la mesure de notre humanité. Un principe qui encouragerait chacun de nous à « enchâsser la société dans son quotidien » plutôt que de chercher à « s’enchâsser » dans des systèmes hors contrôle. Gageons que ce plaidoyer rejoindra bon nombre d’autres interventions que nous aurons l’occasion d’entendre et de partager samedi prochain à Louvain-la-Neuve à l’occasion du grand forum de débats « Territoire et décroissance » que nous organisons avec la Maison de l’Ecologie et en partenariat avec les Amis d’Entropia et le soutien du mouvement politique des Objecteurs de croissance belge et de la Communauté française.

Vous souhaitez y participer ? Ne tardez pas à vous décider ! Vous trouverez tous les détails ici :

http://www.grappebelgique.be/spip.php?article1263

A bientôt

Michèle Gilkinet, présidente

Cet édito a été modifié ce jeudi 13 mai 2010 suite à une réaction de Philippe Gruca que je tiens à remercier.