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lundi 18 janvier 2010 par Martine Dardenne, Michèle Gilkinet
Edito de janvier

Avancer vers l’autonomie alimentaire

 

Jeudi dernier le Grappe organisait sa première table-ronde de l’année 2010 autour d’un défi majeur : avancer vers l’autonomie alimentaire (1). Mais pourquoi donc ?

Aujourd’hui, deux crises majeures menacent à plus ou moins brève échéance la planète : la pénurie énergétique et la pénurie alimentaire - d’ailleurs toutes deux intimement liées.

L’agriculture industrielle est basée sur le recours à de nombreux intrants chimiques, pesticides et engrais tous issus de la pétrochimie et donc gros consommateurs de pétrole (2) ; elle fonctionne aussi à l’aide d’un machinisme de plus en plus lourd et violent qui non seulement consomme énormément de pétrole mais en outre compacte et asphyxie les sols tout en accélérant l’érosion.

En matière d’alimentation industrielle, on considère qu’il faut actuellement entre 40 et 80 calories pour produire une seule calorie alimentaire ! L’allongement des circuits de transformation - distribution des aliments contribue à l’explosion des transports, que ce soit par camion ou par avion. Par ailleurs la consommation de végétaux (fruits et légumes) hors saison implique aussi des transports rapides, gros consommateurs de pétrole et donc gros émetteurs de GES (Gaz à Effet de Serre).

On le constate donc : par ses modes de fonctionnement et sa structure même, l’alimentation industrielle se trouve largement impliquée dans la consommation d’énergie fossile et dans les rejets de GES.

La fin du pétrole n’est plus très loin et elle mettra en difficulté une agriculture qui en dépend grandement.

Nous avons vu d’ailleurs en 2008 que la hausse des cours du pétrole (entre autres) a largement déstabilisé celui de matières premières de nécessité vitale comme le riz, les céréales et que des émeutes de la faim sont apparues dans de nombreux pays tels Haïti, Cameroun, Mexique, Egypte, Burkina Faso etc.… La liste est longue et tragique : pour chaque augmentation de1% du prix des denrées de base, selon les données du Fond international de développement agricole (FIDA), 16 millions de personnes supplémentaires se retrouvent en insécurité alimentaire. Or les 2/3 des personnes qui souffrent de la faim dans le monde sont des paysans !

Les pratiques agro-industrielles, entraînent encore d’autres déséquilibres. Elles provoquent partout une érosion sans précédent de la biodiversité, la désertification accélérée de nombreuses régions par leur surexploitation, l’épuisement des ressources naturelles, et notamment l’eau douce, (il faut 15.000litres d’eau pour produire 1kg de bœuf), la contamination irréversible des écosystèmes par des polluants toxiques, bioaccumulables et persistants.

On le voit, alimentation industrielle et agriculture industrielle additionnent leurs effets négatifs et vont détruire si on n’y met le oh-là, l’outil même de production à savoir la terre et ses ressources.

Il est donc temps d’en sortir, mais comment ?

La table-ronde que nous avons tenue a permis de conforter notre diagnostic mais elle nous a surtout permis de faire le tour de plusieurs alternatives qui existent déjà en Wallonie, de nous pencher sur leurs contenus et sur les modalités citoyennes et politiques à mettre en œuvre pour les développer. Elle a permis aussi de mettre en avant les premières réponses à ces questions fondamentales : comment faire connaître ces initiatives et en faire émerger de nouvelles ? Quels outils politiques utiliser dès aujourd’hui et quels autres revendiquer ? Car s’il est certain que nous devons travailler dès aujourd’hui avec tous les moyens qui nous sont accessibles, il est tout aussi certain que nous devrons sortir de la marginalité, faute de quoi nous passerions à côté de notre objectif et serions condamnés à rester la bonne conscience du système que nous récusons.

Nous aurons très bientôt l’occasion de revenir sur ces pistes et outils. Notamment lors de la parution des actes de la journée mais aussi en poursuivant résolument le travail entamé. D’autres occasions de développer ce sujet se présenteront à nous cette année encore, notamment lors de la journée de réflexion que nous organisons avec la revue d’étude théorique et politique de la décroissance, Entropia (3) le 15 mai prochain à l’arsenal de Namur, dont le propos sera : » Les territoires de la décroissance. »

A bientôt donc

Martine Dardenne et Michèle Gilkinet


Notes :

(1) http://www.grappebelgique.be/spip.php?article1183

(2) 1 T d’engrais azoté exige pour sa fabrication 2,5 à 3 TEP (tonne équivalent pétrole) d’énergie fossile… avec les émissions de CO2 en proportion)

(3) Pour en savoir plus sur la revue Entropia, voir : http://www.entropia-la-revue.org/