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mardi 1er décembre 2009 par Michèle Gilkinet
Edito de décembre

GRAPPE a 5 ans

 

Voilà déjà 5 ans, déjà plus de 5 ans que plusieurs écologistes de longue date se sont retrouvés pour fonder le GRAPPE asbl. Mais pourquoi donc ?

A l’origine de notre association, il y a un grand malaise, largement partagé entre nous, un malaise fondé sur un double constat :

D’une part le constat que la planète va mal, de plus en plus mal et que le modèle politique majoritairement répandu nous mène à plusieurs impasses

• Une impasse sociale : l’exclusion sociale et la misère augmentent partout,

• Une impasse environnementale : la planète n’en peut plus des différentes ponctions et attaques que nous lui faisons subir.

D’autre part, le constat de voir l’écologie tellement malmenée. Nous étions alors en 2003-2004. Rappelez-vous combien on tirait à boulet rouge contre l’écologie. Ce n’était pas agréable, pas agréable du tout mais cela n’était pas tant cela qui nous inquiétait car nous avions déjà subi par le passé ce type d’attaque. Non ! Ce qui nous inquiétait c’était de voir combien le projet des écologistes avait subi en quelques années une mutation importante notamment à travers les premières participations gouvernementales chez nous et ailleurs.

Gardons-nous bien de nombrilisme belgo-belge. Ce à quoi nous assistions était bien pour nous une perte des repères qui fondent l’écologie politique. Alors que nous prônions une écologie de transformation, nous voyions les écologistes amenés à des responsabilités gouvernementales défendre de plus en plus régulièrement ce que nous appelons une écologie d’accompagnement. Pour nous les repères se perdaient de plus en plus au point que finalement on est venu à confondre développement durable et écologie politique alors qu’il s’agit bien de deux choses très différentes.

Voilà pour le constat et la nécessité. Voilà ce qui nous a amenés à écrire un texte fondateur - notre manifeste - et à créer une nouvelle association GRAPPE asbl pour Groupe de Réflexion et d’Action Pour une Politique Écologique.

C’est cela que nous avons voulu mettre en avant dans notre manifeste. L’urgence est là, nous la ressentons au fond de nos tripes, notre société va dans le mur. Elle doit changer de paradigme (1) et pour nous elle doit changer/muter d’une société qui prône la croissance tous azimuts vers une société écologique.

Il ne s’agit pas donc seulement de dresser des constats. Ça beaucoup de personnes le font. Ce n’est pas notre travail. Il s’agit pour nous d’aller au-delà des constats, de devenir un acteur de transformation. De dire, de désigner vers où aller et comment nous pouvons le faire. Bref de passer à une politique de la responsabilité.

Pour y arriver, pour contribuer à ce changement, deux axes animent notre travail :

1° Proposer un nouveau concept plus approprié comme objectif commun de l’humanité

Aujourd’hui, tous nos représentants politiques, les porte-parole des milieux sociaux, économiques et financiers ainsi que les journalistes, à quelques exceptions près, ont pour credo la croissance économique. Ils semblent convaincus que sans elle, ce serait le chaos. Cette obsession est idéologique et ne tient pas compte du contexte social. Elle est également aveugle à l’ampleur de la crise écologique mondiale : changement climatique, biodiversité en péril, contamination chimique de l’environnement et des êtres, famines…

Pour GRAPPE, c’est justement cette croissance qui a entraîné cette situation planétaire dangereuse, très proche de la catastrophe. La maintenir, c’est nous précipiter vers le chaos car une croissance infinie est impossible dans un monde fini. Dès sa formation, GRAPPE a donc rejoint le mouvement international des Objecteurs de Croissance qui postule une profonde remise en cause de notre mode vie chez nous d’abord et qui pas à pas dévoile et construit des alternatives crédibles tant sur le plan théorique que dans des territoires concrets. Car qu’on se le dise nous ne manquons ni de cadre théorique ni de cadre pratique. Régulièrement d’ailleurs nous faisons émerger, ré-émerger les nombreuses réflexions et outils qui fondent le mouvement de tous ceux qui travaillent pour un après-développement. C’est ce que nous avons fait dès la création de notre association notamment à travers le premier colloque que nous avons organisé à l’ULB dont les actes ont été publiés grâce à un partenariat avec Couleur Livres sous le titre très évocateur : Penser et agir avec Ivan Illich, balises pour l’après-développement.

Plus loin, nous produisons nous aussi une réflexion dont l’apport est salué. Ainsi notre projet sur « La renaissance du local » constitue une base solide et enthousiasmante pour l’avenir et pour une participation citoyenne élargie. Plusieurs groupes de bases s’en sont emparés pour baliser leur propre travail.

2° Se débarrasser de l’illusion technologique

Le travail d’analyse, d’information et d’interpellation sur les choix technologiques est essentiel. Il touche concrètement le public. Souvent les interrogations auxquelles il mène ouvrent concrètement l’espace pour une réflexion plus globale.

Nous avons plusieurs initiatives à notre actif à ce propos : sur les nanoparticules, la RFID et la pollution électromagnétique notamment. A chaque fois pour nous c’est la même démarche qui prédomine : montrer/dévoiler la société d’aujourd’hui à travers les choix technologiques qu’elle promeut ; indiquer les autres voies possibles. Montrer concrètement quelles alternatives sont possibles comme nous l’avons fait dans deux colloques. D’une part le colloque « Quelle recherche scientifique pour quel progrès ? » et par ailleurs celui sur les médecines alternatives : « Ecomédecines et santé publique ».

Vous le voyez, notre projet est ambitieux. Heureusement nous ne le menons pas seuls auquel cas nous serions ou deviendrions tous fous. Nous tissons et retissons à chaque moment les liens avec ceux qui partagent notre analyse chez nous en Belgique bien sûr mais aussi internationalement. Nos colloques, publications actions c’est en partenariat que nous tentons à chaque fois de les mener à bien.

Le bilan que nous pouvons dresser après ces 5 premières années est positif. La Communauté française de Belgique elle-même le reconnaît pour partie, elle qui nous reconnaît maintenant comme mouvement d’éducation permanente.

Notre projet politique sur la renaissance du local constitue certainement une base solide et enthousiasmante pour l’avenir. Toutes les discussions - et elles ont été nombreuses - l’ont confirmé. Ce projet nous mène à multiplier des contacts dans de nouveaux réseaux : ceux liés à l’Objection de Croissance bien sûr mais pas seulement. D’autres groupes d’éducation permanente (comme les Equipe Populaire, le MOC, Vie féminine), ou engagés politiquement ou syndicalement (groupes de mouvance marxiste, CSC, FGTB, …) commencent à s’intéresser à ce que nous disons. Face aux défis environnementaux, sociaux et politiques qui sont à notre porte, notamment avec la problématique du pic du pétrole ou du réchauffement climatique ou encore de la crise financière qui nous frappe, chacun commence à s’interroger sur la nécessité de décrire un nouveau projet sociétal lisible et motivant. Les bases que nous mettons en avant suscitent intérêt et discussions. Elles alimentent de plus en plus souvent le débat public.

Au-delà de la renaissance du local ou plus exactement dans sa continuité, nous avons commencé aussi à porter publiquement différentes alternatives qui sont d’ores et déjà praticables même si à cette heure elles restent encore largement contrées ou limitées par les politiques actuelles. Je veux bien sûr parler de nos propositions en matière d’Ecomédecines, de décentralisation et d’autosuffisance énergétique ou alimentaire notamment ou encore de nos réflexions sur la bioéconomie et sur les nouveaux outils, outils entendus dans le sens illichien, que celle-ci implique.

Je n’entrerai pas ici dans le détail de toutes ces propositions. Beaucoup d’entre vous les connaissant voire participent à leur élaboration. Je sais déjà aussi que 2010, 2011, 2012, etc.… nous donneront l’occasion d’en parler longuement et d’approfondir encore nos réflexions, ce dont je me réjouis d’avance.

Une dernière chose pour conclure : je tiens à souligner combien c’est grâce à un travail essentiellement collectif que nous pouvons mener tout cela. Dès lors je ne saurai assez vous dire mes remerciements.

Merci. Merci pour les heures passées au téléphone ou devant les photocopieuses, merci pour le réseau que patiemment vous tissez avec nous, merci pour les contributions, les réflexions et les actions menées. Merci d’avoir tant de fois accepté de monter une conférence ou un colloque de toute pièce avec nous. Merci d’être là avec nous et à coté de nous pour nous soutenir, nous réveiller, nous motiver. Merci pour tout.

Michèle Gilkinet, présidente du Grappe


Notes :

(1) Dans le sens donné par le Petit Robert « exemple/modèle ».

(2) À savoir comme tout objet, organisation, structure pris comme moyen d’une fin.