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jeudi 15 octobre 2009 par Michèle Gilkinet, Paul Lannoye
Edito d’octobre

La prolongation accordée aux vieilles centrales nucléaires : une politique rétrograde qui menace gravement la population belge.

 

Pour équilibrer le budget de l’Etat, le gouvernement fédéral a accordé au secteur nucléaire une nouvelle prolongation de 10 ans de fonctionnement aux plus vieilles des centrales nucléaires implantées sur notre territoire, soit aux unités de Doel 1, Doel 2 et Tihange 1, mises en service en 1975.

Cette décision brade la sécurité des populations de la Belgique toute entière et révèle le caractère profondément rétrograde de la vision politique et économique dominante.
Il y a un peu plus de 50 ans en effet, les chefs d’Etat des 6 pays fondateurs de l’Union européenne signaient le traité Euratom lequel voyait dans l’énergie nucléaire la solution d’avenir pour les problèmes énergétiques de l’Europe.

Les responsables politiques de l’époque croyaient, de bonne foi, aux promesses des experts et à leurs discours péremptoires sur la sûreté des réacteurs, l’innocuité des rejets radioactifs et la capacité des spécialistes à trouver les moyens de gérer en toute sécurité les déchets radioactifs.

Aucune de ces certitudes n’a résisté au temps. Les incidents se sont multipliés dans les installations nucléaires et surtout deux accidents graves ont démontré la faillibilité des réacteurs nucléaires et le désarroi des opérateurs face des événements imprévus :

-  À Three Mile Island où le cœur du réacteur a partiellement fondu et où la chance, plus que la compétence des experts et techniciens, a permis d’éviter une catastrophe humaine ;

-  À Tchernobyl, où l’explosion nucléaire a eu lieu, provoquant un désastre humain et écologique sans précédent.

On a pu croire que la leçon avait servi puisque le développement du secteur nucléaire a été nettement freiné dès les années 90 pour aboutir dans plusieurs pays nucléarisés à une décision de sortie du nucléaire. Ce fut le cas en Belgique où l’exiguïté du territoire et la forte densité de population aggravent sérieusement les risques. Mais sous l’impulsion d’un Ministre de l’énergie qu’on espérait mieux inspiré, l’actuel gouvernement soutenu par des partis politiques dépourvus d’imagination et de mémoire historique, a décrété que des réacteurs prévus pour fonctionner pendant 25 ans pouvaient doubler leur durée de vie et fonctionner pendant 50 ans.

L’argument fallacieux de la sécurité d’approvisionnement qui serait mise en péril en 2015 si on respectait le calendrier de mise à l’arrêt des réacteurs ne résiste guère à l’analyse et démontre surtout une absence de volonté politique. Pourquoi, d’ailleurs, accorder dix ans de plus et non deux ou trois, sinon pour rencontrer la demande d’Electrabel et obtenir ainsi une contribution financière, bien maigre en outre, du secteur nucléaire au budget de l’Etat ?

Faut-il rappeler à nos ministres que le vieillissement des installations aggrave dangereusement le risque nucléaire. Le risque d’un accident grave, voire d’une catastrophe d’ampleur comparable à Tchernobyl, augmente avec l’âge du réacteur, sachant que l’accumulation des sollicitations thermiques, mécaniques et neutroniques engendre une fragilisation des matériaux, laquelle peut conduire à des défaillances graves ou des ruptures de pièces importantes. Ces ruptures ou défaillances peuvent en particulier affecter des éléments non remplaçables des réacteurs comme la cuve ou l’enceinte de confinement.

On n’a d’ailleurs aucune expérience du comportement des réacteurs vieillissants puisque, sur un parc mondial actuel de 436 réacteurs en fonctionnement, 9 seulement ont atteint 40 ans d’âge (respectivement 7 ont 40 ans, 1 en a 41 et 1 en a 42). Par ailleurs, 119 unités ont été mises à l’arrêt après une durée de vie moyenne de 22 ans !

On sait aujourd’hui de source officielle que les risques liés aux perturbations ou accidents naturels ont été sous-estimés lors de la conception des réacteurs et de leur implantation. C’est spécialement préoccupant en ce qui concerne le risque sismique, précisément évoqué dans le rapport final de la Commission d’information et d’enquête en matière de sécurité nucléaire du sénat de Belgique (publié en 1991) à propos de la centrale de Tihange suite au tremblement de terre survenu dans la région liégeoise le 8 novembre 1983.

Enfin, la libéralisation du secteur de production de l’électricité a entraîné une course à la compétitivité s’accompagnant d’une recherche permanente de réduction des coûts de maintenance et de contrôle au détriment des impératifs de sécurité, ce qui rend d’autant plus problématique le maintien en activité de vieux réacteurs. De nombreux travaux ont en effet été confiés à la sous-traitance sans qu’on soit toujours certain du niveau de formation et de protection des travailleurs employés par ce biais.

Le cadeau plantureux et sans contrepartie accordé à Electrabel en 2002, qu’a constitué l’allongement de la durée de vie des réacteurs jusqu’à 40 ans aurait dû s’accompagner d’une nouvelle et ambitieuse politique énergétique. Cela n’a pas été le cas. Les majorités successives ont continué à s’enferrer dans des politiques énergétiques centralisatrices, rétrogrades et gaspilleuses que le gouvernement actuel continue à soutenir. Il poursuit ainsi dans une voie où il fait peser des risques de plus en plus lourds sur les populations et même sur ses propres finances. A l’instar des banques, le nucléaire n’est pas couvert assuranciellement au niveau du risque qu’il prend. Il laisse aussi aux générations à venir le soin de régler la question des déchets qu’il laisse derrière lui tout en empochant aujourd’hui des dividendes plantureux !

Carte postale à imprimer

C’est inacceptable ! Nous allons le dire haut et clair au Ministre Magnette et encourageons chacun à le faire avec nous en lui envoyant la carte postale ci-jointe ou en s’en inspirant pour lui faire un message personnalisé.

Son adresse :

Cabinet de Monsieur Paul Magnette

Ministre du Climat et de l’Energie

Rue Brederode, 9

1000 Bruxelles

Adresse courriel : info@magnette.fgov.be ou directement sur http://www.magnette.fgov.be/index.php?directory_normalized_name=Contact

Pour le Grappe

Paul Lannoye et Michèle Gilkinet