Accueil
lundi 3 août 2009 par Michèle Gilkinet
Edito d’août

Des choix de plus en plus cornéliens

 

S’il y a bien une chose qui s’annonce pour la rentrée politique, c’est bien que le temps des choix est venu et que ceux-ci s’avèrent et s’avèreront de plus en plus cornéliens surtout à politique inchangée. D’une part les caisses sont vides et d‘autre part les enjeux environnementaux et sociaux sonnent l’alerte de toute part.

Copenhague approche et il ne fait aucun doute que les débats préparatoires aux prises de positions planétaires pour faire face au réchauffement climatique se teindront dans tous les cercles. Avec quels résultats ? A ce stade je dois dire que je ne suis pas d’un optimisme franc tant il me semble que les vielles recettes ont tendance à rejaillir partout en Europe sous un nouvel habit. C’est que les caisses publiques sont vides, bien vides, chez nous comme ailleurs, ainsi que vient de le rappeler Guy Vanhengel, devenu malgré lui notre nouveau Ministre fédéral du budget (1), ou encore notre 1er Ministre Herman Van Rompuy qui nous annonce dix années difficiles dans une interview qu’il vient d’octroyer au journal « Le soir » (2).

«  La crise ne commande-t-elle pas de réinventer un nouveau modèle ?  » lui demande Véronique Lamquin. Réponse d’Herman Van Rompuy : « La crise a été d’une gravité sans précédent depuis la guerre. Or, notre Etat providence est basé sur une croissance économique d’au moins 2 % par an. L’un des plus grands dangers, c’est que la croissance tendancielle potentielle de l’économie se limite à 1 ou 1,2 %… C’est intenable. Pour soutenir nos acquis sociaux, il faut absolument une infrastructure économique plus solide et plus dynamique qu’aujourd’hui. L’Europe doit y travailler, la Belgique aussi. Sinon des problèmes très épineux se poseront. C’est nouveau. Il n’y a donc pas seulement la crise conjoncturelle en 2009 et en 2010 ; il y a surtout l’atteinte faite à la croissance tendancielle. Il faut réfléchir et travailler à ce problème, au niveau européen. »

Voilà donc le problème posé. La croissance tendancielle est malmenée. Elle le sera d’ailleurs encore plus avec le réchauffement climatique. En effet qu’on regarde cette question dans un sens ou dans un autre, elle est inconciliable avec une croissance économique. Maintenir la croissance, c’est accélérer le changement climatique. Accélérer le changement climatique c’est perdre les points de croissance (3). On est donc vraiment mal barré. Tout le monde en convient du moins entre les lignes.

Alors que faire ? C’est là qu’on voit apparaître un petit mot magique, un petit mot aux vertus extraordinaires puisque ce petit mot, tout juste un adjectif, devrait nous permettre à la fois d’assurer cette croissance dont on ne peut pas sortir et les défis environnementaux. La croissance doit être et sera dorénavant verte. Du moins en partie car comme le souligne notre 1er « Cela ne veut pas dire qu’on va réduire, mais qu’on va consommer autrement »(2). Dans une société de croissance, il ne peut, vous en conviendrez être question de réduction, d’éliminer quoique ce soit sauf à risquer une fois de plus de perdre les si précieux points de croissance.

On retrouve d’ailleurs le même type de dynamique dans les accords de majorités qui viennent d’être conclus tant en Région wallonne qu’en Région bruxelloise. En effet si on peut constater que le développement durable se trouve bien inscrit dans de très nombreux chapitres, c’est chaque fois, ou quasi chaque fois, en plus des vielles pratiques - pas à la place. C’est ainsi notamment que le plan Marshall 2.vert vient s’ajouter à l’autre plan Marshall décidé et voté par l’ancienne majorité avant les élections ce qui handicape fortement la capacité à la réorientation économique et sociale pourtant tellement nécessaire. Et ceci d’autant plus que chaque sou est compté.

Besoin financier d’une part, nécessité de faire face au réchauffement climatique d’autre part et voilà encore que dans cette dynamique de croissance verte, le nucléaire tend lui-aussi à se faire une bonne place. Le nucléaire ferait partir de la solution environnementale ! Il gagnerait des vertus écologiques ! C’est du moins ce que le forum nucléaire (4) tend à nous faire croire à travers une campagne tendancieuse et couteuse qu’il a entretenu tout cet été dans plusieurs grands quotidiens. Il pourrait en plus nous rapporter gros. 30 milliards d’euros selon une nouvelle étude qui tombe à point nommé (5). Ouf on pourrait donc être sauvé et tant pis si nous laissons peser le poids de ces tartufferies sur le dos des générations futures et sur le Sud et si nous prenons de plus en plus de risques.

Que Ban Ki-moon, le Secrétaire général de l’ONU, et l’ancien vice-président américain, Al Gore, héraut de la lutte contre les changements climatiques, affirment que « la croissance verte doit être le nouveau mantra économique » (6) ne doit pas nous faire oublier un certain nombre de principes de base. Il en va ainsi de l’effet rebond bien connu des écologistes mais aussi des économistes, de l’obsolescence organisée, ou encore de la redistribution dont on voit de part le monde combien elle devient de plus en plus avare. Cela fait longtemps que pour gagner des points de productivité, on fait évoluer les technologies pour dépenser moins de matière et d’énergie pour un service équivalent. Mais ces points gagnés n’ont servi ni la cause sociale ni la cause environnementale. Ils sont juste venus servir un capitalisme et un productivisme de plus en plus débridés au point d’organiser l’obsolescence et la libre circulation des biens et des services au détriment des êtres humains.

Sachons de l’histoire les leçons garder. Gardons-nous des leurres et du soft populisme qui tentent à nous faire croire qu’il suffirait de produire vert pour faire face aux défis du XXIème siècle. Le temps des véritables choix est venu et c’est à nous qu’il appartient de le rappeler haut et clair. Quelques suggestions pour y contribuer :

Le 29 août : Allez danser pour exiger des décideurs du monde entier qu’ils prennent des mesures pour sauver le climat (7).

Pendant l’automne, organisez un débat chez vous dans votre coin. Pour le tenir vous pouvez compter sur l’aide du GRAPPE ou d’AdOC (8). Il suffit de demander.

Pour en parler ou parler d’autre chose, rendez-vous à Valériane où comme chaque année nous tiendrons un stand (9)
A bientôt.

Michèle Gilkinet


Notes :

(1) D’après les derniers chiffres avancés par le ministre, le déficit 2009 sera de 20 milliards d’euros, ce qui représente 6 à 7 % du Produit Intérieur Brut.
Voir : « Guy Vanhengel : Ce sera l’austérité absolue..." sur http://www.lalibre.be/actu/belgique/article/518908/guy-vanhengel-ce-sera-l-austerite-absolue.html

(2) Pour lire toute l’entretien voir :http://www.lesoir.be/actualite/belgique/2009-08-01/van-rompuy-ose-verite-dix-annees-difficiles-720778.shtml

(3) Voir : « Le réchauffement climatique freinera la croissance et accélèrera l’inflation ». http://ouvrelesyeux.wordpress.com/2007/10/07/le-rechauffement-climatique-freinera-la-croissance-et-accelerera-linflation/

Ou encore « Climat ou croissance ? Le dilemme de la Chine » sur :
http://www.lexpress.fr/actualite/monde/climat-ou-croissance-le-dilemme-de-la-chine_464717.html

(4) voir : http://www.nuclearforum.be/fr

(5) voir : « Recherche : 7 milliards d’euros pour le budget 2010 de l’Etat » sur
http://www.trends.be/fr/economie/politique-economique/12-1635-48172/recherche---7-milliards-d-euros-pour-le-budget-2010-de-l-etat.html

(6) Voir : http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=18469&Cr=environnement&Cr1=Ban

(7) Voir : http://www.grappebelgique.be/spip.php?article1100

(8) Contact GRAPPE : Voir info@grappebelgique.be Pour AdOC : secretariat@objecteursdecroissance.be

(9) Valériane : http://www.grappebelgique.be/spip.php?article1107