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jeudi 23 avril 2009 par Michèle Gilkinet
Edito d’avril

Élection de juin : un grand absent

 

Il y a une chose qui me marque en parcourant les programmes des quatre grands partis traditionnels qui se présentent aux élections européennes de juin. C’est qu’il y manque une chose essentielle. Même si chacun parle de changer les choses, tous restent brancher sur le vieux disque dur cornucopien (1). Aucun n’ose traiter à fond la question pourtant essentielle des limites planétaires même si bien sûr on y trouve le « Développement Durable » décliné à toutes les sauces. C’est que le « Développement Durable » doit d’abord servir à … nous développer comme le montre à souhait même le Green Deal porté par les verts desquels on espérait un peu plus de mesure. Élection oblige, on ne sort pas de là ! Aucun parti ne change donc fondamentalement de registre et c’est avec le même hardware et le même software développementaliste que chacun continue à penser.

Quelques exemples :

Le Traité de Lisbonne, ce nouveau Traité toujours en cours d’adoption par les Etats membres pour doter l’Europe d’un nouveau cadre, reste par tous considéré comme une avancée démocratique. Partant, chacun se positionne clairement en sa faveur. Que ce Traité soit la bible du libre-échange et de l’économie capitaliste de marché au détriment des services publics, de la question sociale et de l’empreinte écologique notamment, qu’il fige donc les futures politiques européennes dans ce software absurde, ne change rien. Et que les modifications apportées au hardware soient plus cosmétiques qu’opérationnelles, non plus ! Le vote positif émis à son égard continue à être défendu clairement même si la crise s’étale partout : fondamentalement on ne cherche pas à sortir du cadre (2).

Personne ne parle de la « Relocalisation de nos modes de vie ». Et ce n’est à mon avis pas par hasard. Car parler de relocalisation c’est bien changer fondamentalement de software et de hardware. C’est dire clairement qu’il y a des choix à faire et que ce n’est pas en repeignant notre société productiviste en vert qu’on pourra faire face aux défis sociaux et environnementaux décrits aujourd’hui quasi tous les jours dans les média. Ne pas parler de relocalisation c’est comme en rester à ce dessin qui vaut beaucoup mieux qu’un long discours :

Faire cette analyse, c’est malheureusement constater qu’il y a bien un grand absent aux futures élections européennes. On a beau chercher celui ou celle qui osera une parole neuve et porter les débats essentiels, on ne le/la trouve pas. En Belgique, il n’y a personne.

C’est dire si à l’occasion de son cinquième anniversaire, GRAPPE a raison de réaffirmer son existence et sa volonté à faire émerger une nouvelle force politique écologique notamment en soutenant l’initiative prise par AdOC, l’Association d’Objecteurs de Croissance qui a organisé le 21 février dernier la première journée belge de réflexion sur l’Objection de Croissance sous le titre « Choisir la décroissance » (3).

Parce qu’il y a plus qu’une nuance entre deux verts (4), GRAPPE reste essentiel aujourd’hui. Et si cinq années d’existence cela se fête, cela reste aussi l’occasion de rappeler quelques fondamentaux.

Le greenwashing est aujourd’hui bien opérationnel. Dans la pub, bien évidement mais aussi dans tous les partis qui participent à la course électorale et qui ont décidé de ne communiquer « que ce qui est a priori acceptable par le plus grand nombre » en laissant aux mouvements dits « sociaux » le soin de faire avancer la perception des faits, même lorsqu’ils leur sont bien connus.
Déjà dans notre manifeste (5) nous avions déjà attiré l’attention sur ce point par cette formule : « Dans des sociétés dé-moralisées, le projet écologiste donne du sens grâce à une lecture exigeante des faits, non par acharnement, mais par réalisme bien compris. Il dit les pistes pour en sortir, sans dogmatisme mais avec fermeté. Il est donc totalement différent de la politique qui consiste à ne communiquer que ce qui est a priori acceptable par le plus grand nombre. »

Elle reste décidément d’actualité.

Pour en parler comme pour passer un moment convivial ensemble, n’hésitez pas à venir nous rejoindre pour notre cinquième anniversaire. Vous trouverez tous les renseignements ici :

http://www.grappebelgique.be/spip.php?article1056

A bientôt

Michèle Gilkinet, présidente du GRAPPE


Notes

(1) Qui croit à la corne d’abondance ; en d’autres mots qui continue à dire que la planète peut nous fournir de quoi continuer à nous « développer » sans que nous ayons à changer fondamentalement notre rapport aux ressources ;

(2) Pour pus d’informations à ce propos voir notre analyse http://www.grappebelgique.be/spip.php?article586 et la campagne que nous avons menée http://www.grappebelgique.be/spip.php?article600&var_recherche=Trait%E9%20de%20Lisbonne

(3) Voir AdOC : http://www.objecteursdecroissance.be/

(4) Pour en savoir plus voir notamment l’article du VIF l’EXPRESS n° 15 du 10 au 16 avril 2009 : Les ressorts d’un retour en grâce.

(5) Manifeste du GRAPPE : http://www.grappebelgique.be/spip.php?article15