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mardi 21 avril 2009 par Paul Lannoye

Un nouveau Tchernobyl est humainement et politiquement inacceptable.

 

GRAPPE : Communiqué de presse du mardi 21 avril 2009

Un nouveau Tchernobyl est humainement et politiquement inacceptable.

Le 26 avril prochain, il y aura 23 ans que le réacteur n° 4 de la centrale de Tchernobyl en Ukraine explosait. Les conséquences sanitaires ont été catastrophiques : des centaines de milliers de morts et beaucoup plus encore d’affections cancéreuses ou non cancéreuses dues à l’irradiation et à la contamination, sans oublier les dommages génétiques.

De nombreuses études indépendantes confirment ce bilan désastreux, pourtant dénié par l’Organisation mondiale de la Santé, soumise depuis 1959 au diktat de l’Agence internationale de l’énergie atomique, lobby industriel en charge de la promotion du nucléaire civil dans le monde.
A ce désastre sanitaire s’ajoute la catastrophe écologique que constitue la contamination radioactive irréversible par des radioéléments de longue durée de vie de larges territoires dans l’Europe entière, comme le confirmait la Commission européenne en 2006.

Certaines régions (notamment en Écosse, au nord de la Scandinavie et même en Allemagne) sont à ce jour encore contaminées par la radioactivité au point que les produits animaux qui en sont originaires restent impropres à la consommation, de l’aveu même de la Commission européenne.

Une telle catastrophe aurait dû logiquement discréditer définitivement le nucléaire comme technique de production d’électricité. Il faut bien constater que ce n’est pas le cas à ce jour.

Si de nombreux États membres de l’Union européenne ont, semble-t-il, définitivement renoncé au nucléaire, d’autres, mis sous influence par le lobby s’obstinent à lui trouver des vertus.

Dans notre pays, une campagne manipulatrice visant à réhabiliter le nucléaire a trouvé une audience chez certains « responsables » décidés à remettre en cause la décision de sortie du nucléaire prise en 2002.

Deux arguments aussi fallacieux l’un que l’autre sont avancés :

-  la sécurité d’approvisionnement serait mise en péril si on respectait le calendrier de mise à l’arrêt des réacteurs tel que prévu ;

-  la lutte contre le réchauffement climatique ne permettrait pas de se passer d’unités de production d’électricité dites « propres » comme le seraient les centrales nucléaires.

Une politique ambitieuse de lutte contre les gaspillages structurels (incluant les mauvais usages de l’électricité), d’amélioration de l’efficacité énergétique et de développement rapide des énergies renouvelables décentralisées (solaire photovoltaïque, éolien, cogénération, petite hydraulique), constitue la meilleure réponse aux deux problèmes que sont la sécurité d’approvisionnement et le réchauffement climatique, pour autant qu’on renonce à une logique de croissance insoutenable.

Prolonger la durée de vie des réacteurs actuels est par contre inacceptable au plan de la sécurité. Le cadeau plantureux et sans contrepartie, accordé à Electrabel en 2002 dans la loi de « sortie du nucléaire », que constitue l’allongement de la durée de vie des réacteurs jusqu’à 40 ans aurait dû s’accompagner de la mise en œuvre de la nouvelle politique énergétique, telle que définie ci-dessus. Le fait qu’il n’en ait rien été ne peut servir de prétexte à un nouveau sursis.

Le risque d’accident grave, voire d’une catastrophe d’ampleur comparable à Tchernobyl, augmente avec l’âge du réacteur, sachant que l’accumulation des sollicitations thermiques, mécaniques et neutroniques engendre une fragilisation des matériaux, laquelle peut conduire à des défaillances graves ou des ruptures de pièces importantes.

Ces ruptures ou défaillances peuvent en particulier affecter des éléments non remplaçables des réacteurs comme la cuve ou l’enceinte de confinement.

On n’a d’ailleurs aucune expérience du comportement des réacteurs vieillissants puisque, sur un parc mondial actuel de 436 réacteurs en fonctionnement, 9 seulement ont atteint 40 ans d’âge (respectivement 7 ont 40 ans, 1 en a 41 et 1 en a 42).

En outre, la durée de vie moyenne des 119 unités qui ont été mises à l’arrêt est de 22 ans, aucune n’ayant presté, et de loin, pendant 40 ans.
Il s’agit donc bien d’un pari effectué à nos risques et périls.

Par ailleurs, on sait aujourd’hui de source officielle que les risques liés aux perturbations ou accidents naturels ont été sous-estimés lors de la conception des réacteurs et de leur implantation. C’est particulièrement préoccupant en ce qui concerne le risque sismique et le risque d’inondation. Cette sous-estimation a été clairement mise en évidence récemment au Japon où le tremblement de terre du 16 juillet 2007 a entraîné un incendie et une fuite de radioactivité à la centrale de Kashiwazaki-kariwa, située à 16 km de l’épicentre.

Cette centrale est à l’arrêt depuis lors.

On doit aussi rappeler l’inondation du bâtiment-réacteur de la centrale du Blayais en France (27 décembre 1999) qui a laissé sans réaction appropriée les responsables du site pendant de nombreuses heures, le risque d’inondation n’ayant pas été prévu.

La centrale de Kalpakkam en Inde a, quant à elle, été inondée par le tsunami du 26 décembre 2004. Elle a été mise à l’arrêt in extremis …..

Enfin, on sait depuis l’accident de Three Mile Island (1979) que l’erreur ou la défaillance peut être décisive pour la sécurité des réacteurs ; or, la libéralisation du secteur de production de l’électricité et l’appétit des actionnaires des grandes entreprises ont entraîné une course à la compétitivité entraînant une recherche permanente de réduction des coûts , de maintenance et de contrôle, au détriment des impératifs de sécurité, ce qui rend d’autant plus problématique le maintien en activité de réacteurs vieillissants.

Cette situation pose en outre le problème de la compatibilité du nucléaire avec une logique de marché où le paramètre dominant est la compétitivité.

La question de savoir si on peut se passer du nucléaire n’est pas pertinente. Il faut confirmer définitivement la décision de s’en passer pour protéger certes les générations futures qui auront à gérer les déchets radioactifs produits pendant un demi-siècle d’insouciance mais aussi pour protéger les générations actuelles d’une catastrophe comme celle de Tchernobyl.

Pour le GRAPPE, Groupe de Réflexion et d’Action Pour une Politique Écologique, Paul Lannoye, administrateur.

Plus d’info : 071 876779