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vendredi 16 janvier 2009 par Bernard Legros
Ceci est un article externe qui ne reflète pas la position officielle du GRAPPE

L’enfermement planétaire

 

André Lebeau, L’enfermement planétaire, Le débat/Gallimard, 2008, 304 pages.

« L’enfermement planétaire », c’est le futur vu par le géophysicien André Lebeau, à savoir la confrontation inéluctable de l’humanité, dans un avenir plus ou moins proche, avec la limite des ressources de la planète, à cause d’une croissance sans frein des besoins. Cet enfermement se traduira dans les domaines énergétique, climatique, hydrique et écologique (et en dernière instance, social). L’essai, théorique, se borne cependant aux constats et aux scénarios probables, sans en appeler directement à une réaction éthique et sans tracer les contours d’une politique spécifique. La puissance du système technique et l’explosion démographique sont les paramètres principaux conduisant progressivement à l’enfermement, à quoi il faut ajouter le découpage de l’espace planétaire en Etats-nations, alors que les menaces sont globales (« l’antinomie intrinsèque entre souverainetés nationales et dépendances planétaires », p. 168). La science joue (et jouera) un rôle fondamental dans la prévision des catastrophes, par la « simulation numérique » ou les « modélisations mathématiques », Lebeau citant la réussite du GIEC sur ce plan-là. La recherche scientifique a déjà mis à jour trois certitudes globales : l’altération de la niche écologique, l’extinction des espèces et la pollution de l’atmosphère et des océans. Mais l’échéance temporelle des catastrophes reste la plus difficile à prévoir.

Autre chose est de parvenir à prévoir les comportements collectifs. « Savoir comment la société humaine réagira aux tensions nées de l’épuisement de ses possibilités d’extension est la question centrale ». (p. 123). Comme outil, on peut imaginer un modèle fondé sur l’extrapolation des comportements, tel que l’a déjà proposé le GIEC (p. 225). Selon l’auteur, les comportements collectifs sont conditionnés autant par le patrimoine génétique que par les acquis culturels. Ce sont ceux-ci qui devront prédominer dans les hypothétiques comportements émergents de l’humanité : « L’arsenal culturel immense dont elle dispose permettra-t-il à l’humanité d’esquiver l’impasse où l’on conduite des comportements collectifs résultant de l’héritage génétique de l’espèce ? » (p. 227). C’est par l’empirisme que nous pourrons maîtriser, si possible, le cours des choses, puisqu’il n’existe aucun précédent à cette situation dans l’histoire humaine. L’alternative se situe entre une adaptation progressive (qui est souhaitable) ou bien des crises, beaucoup plus dangereuses à affronter et difficiles à surmonter, faisant craindre une régression de la civilisation. Lebeau fait un sort aux fausses bonnes solutions fantasmatiques que sont la transformation de la nature humaine, dada des transhumanistes, et le terraforming de la surface de Mars pour la rendre viable. Il ne croit pas non plus à la possibilité d’un « gouvernement mondial ». Des sceptiques médiatiques comme Björn Lomborg et Michael Crichton sont mis hors jeu. « Les menaces que fait peser l’évolution de la société ont, à l’opposé des catastrophes éventuelles, le caractère d’une certitude globale assortie d’un réseau complexe d’incertitudes particulières concernant l’intensité de leurs effets et leurs échéances. » (p. 232). Toute la question sera de parvenir à diffuser cette perception dans l’opinion publique, en tenant compte des deux autres côtés du triangle relationnel, le monde scientifique et la classe politique. Cet essai soulève encore bien d’autres interrogations philosophiques cruciales.

Bernard Legros